2015, l’année de l’inimaginable

Beyrouth, Bamako, Tunis, Paris : ces villes marquent la géographie de l’actualité de l’année qui se termine, reliées par une ligne d’explosifs, de tirs à la kalachnikov, et la détermination d’hommes, jeunes souvent, venus d’Europe parfois, qui ont pris l’actualité du monde en otage, en même temps qu’ils ont monopolisé les discours de Noël, des Palais royaux aux balcons papaux. Nos vies sont en danger : c’est sur ce constat que nous terminerons l’année, en ayant de plus à accepter l’idée que ce danger peut survenir à tout instant, à tout endroit, et ne peut être facilement maîtrisé. Le niveau 3 qui reste accroché aux basques belges en est pour nous le signe le plus évident : la menace demeure.

Un amalgame

L’anéantissement de Daesh, en même temps que la canalisation de l’effet hypnotique que cette organisation terroriste et fanatique exerce sur des membres de nos sociétés, est l’objectif politique international numéro un. Mais il faudra mener ce combat – cette « guerre » – tout en gérant, en parallèle, l’accueil des réfugiés qui continuent à chercher un toit et une sécurité, en Europe principalement. Or, depuis des semaines, l’amalgame est fait par certains leaders politiques entre ces deux sujets. « A chaque fois qu’on vous dit que les réfugiés sont des terroristes, vous devez répondre non », martelait le président de la Commission Jean-Claude Juncker, en dialogue avec le public belge à Bozar, en novembre dernier. Le pape François hier, utilisant cette influence morale qu’il détient désormais dans l’opinion publique mondiale, a lancé un appel de la même nature, dénonçant d’une part l’atrocité des actes terroristes commis, mais saluant avec la même emphase ceux qui secourent les migrants.

► A lire également: Le vrai du faux sur la crise des migrants

Reste que le défi sera de taille pour préserver les valeurs d’ouverture et d’accueil, en Europe notamment, et résister à une opinion publique sous le choc, apeurée et qui risque d’amalgamer les dangers, les personnes, sous la pression de partis qui ne vont pas cesser, dans les mois qui viennent, le travail entamé en 2015, visant à nourrir le repli sur soi, le rejet de l’autre et, dans certains cas – on ne pensait jamais devoir revivre cela –, la défense d’une forme de pureté identitaire, voire ethnique.

Vaincre en restant nous-même

L’enjeu est d’une gravité sans précédent pour l’Europe, qui ouvre 2016 en équilibre sur un fil entre deux camps qui revendiquent ouvertement leurs différences et les discours tranchés. Qui, de l’Europe de Merkel ou d’Orban, va gagner ce bras de fer devenu idéologique, qui de Jean-Claude Juncker ou de Marine Le Pen ? Sans compter que les opinions européennes vont vivre au fil des mois au rythme décalé, mais très présent, d’une campagne électorale américaine qui fait de Trump un allié objectif des Orban européens.

2015 est l’année où nous avons vécu l’inimaginable, comme vous le rappelle notre cahier « Rétrospective ». 2016, sera-t-elle celle où nous le vaincrons ? En restant nous-mêmes ?