«Le sida est une infection chronique»

Le Centre d’étude et de traitement de l’immunodéficience de l’hôpital Saint-Pierre (Cetim) est depuis plus de vingt ans le principal centre de référence du pays pour l’étude et le traitement du virus du sida. Pourtant, des rumeurs font état de sa fermeture. C’est inexact, même si une unité de traitement vient bel et bien d’être fermée. Et c’est une bonne nouvelle. Explications avec le professeur Stéphane De Wit, médecin responsable du Cetim.

D’aucuns s’inquiètent d’une rumeur selon laquelle on fermerait le Cetim…

Sûrement pas.

Que se passe-t-il en fait ?

Nous disposons à l’hôpital Saint-Pierre, depuis sa reconstruction, de deux unités de 15 lits pour les maladies infectieuses. L’une des deux était plutôt consacrée aux patients infectés par le VIH qui exigeaient une hospitalisation. Depuis trois ans, on se rend compte que l’utilisation de cette unité par les patients VIH est en décroissance tout à fait manifeste et nous n’arrivons plus à occuper ces lits, parce que les patients vont trop bien.

Ce qui est une bonne nouvelle !

Une excellente nouvelle ! Et donc, devant cette réalité, la direction m’a demandé d’évaluer la possibilité de réduire le nombre de lits en maladies infectieuses. On a dès lors fermé un des deux plateaux de maladies infectieuses. On a réduit le nombre de lits en fermant une unité de 15 lits.

Ce n’est pas un désinvestissement de Saint-Pierre par rapport au sida.

Loin de là, puisqu’on continue à observer une croissance dans le nombre de patients que nous suivons. On dépasse actuellement les 3.000 patients en file active, qui sont donc régulièrement suivis. Mais il s’agit simplement du marqueur du nouveau paradigme de cette infection, qui est maintenant une infection chronique qui ne rend plus les gens malades, sauf cas exceptionnel.

On n’hospitalise plus les patients VIH ?

Le patient séropositif qui fait un infarctus va en cardiologie, s’il fait un accident vasculaire cérébral, il va en neurologie, etc. Mais il n’est plus nécessaire de maintenir une unité spécialement consacrée au VIH. Les patients viennent en consultation au Cetim. Je vois mes patients deux fois par an : ils partent avec leurs ordonnances pour six mois. Le travail aujourd’hui porte sur le concept de santé globale. On s’occupe de la prévention cardiovasculaire, de prévenir l’ostéoporose chez ces patients de plus en plus nombreux à dépasser les cinquante ans, d’assurer leurs fonctions rénales… Il reste malheureusement un problème : les patients qui sont dépistés trop tard, au moment où ils sont déjà malades, alors qu’ils sont sans doute séropositifs depuis dix ans. Lorsqu’ils arrivent, ils sont d’emblée gravement malades et hospitalisés. Ce phénomène persiste mais il reste marginal.

Quelles sont les autres maladies infectieuses prises en charge par l’unité qui est maintenue ?

La tuberculose, puisqu’on est un centre de référence national pour les tuberculoses résistantes. Et ça, ça ne diminue pas. Avec la mondialisation, la crise migratoire, etc., on est encore confronté à pas mal de cas de tuberculose relativement sévères en Belgique, même si la maladie est en régression en Europe, et en Belgique en particulier. Il y a aussi les infections des os, des ostéites après une fracture ou une opération, les endocardites, les infections au niveau du cœur…

Que va devenir cette unité que vous fermez ?

Elle restera une unité portefeuille, c’est-à-dire qu’on peut la rouvrir à tout moment en fonction d’une crise sanitaire. Si par exemple l’épidémie de grippe de janvier-février 2016 qui est à nos portes est une épidémie sévère avec beaucoup de demandes d’hospitalisation, on rouvre l’unité à ce moment-là. Ou si le coronavirus ou le Mers

(Syndrome respiratoire du Moyen-Orient, NDLR)

ou la grippe aviaire débarquent et qu’il y a plusieurs cas, on rouvre l’unité puisque c’est une unité qui est spécialement aménagée pour accueillir des patients hautement contagieux.