L’abattoir de Cureghem ouvre ses portes et montre patte blanche

Un abattoir au cœur d’une capitale européenne. Il n’y a qu’à Anderlecht que l’on peut trouver pareille configuration. Environ 400 bovins et 4.000 cochons y sont tués chaque semaine, soit une activité semi-industrielle. Forum Abattoir, né de l’envie d’ouvrir le débat quant à l’avenir de l’abattoir, propose des visites gratuites des lieux. Cataline Sénéchal et Gwenaël Breës accueillent étudiants, chercheurs, enfants ou simples curieux le temps de comprendre le fonctionnement et les enjeux liés à une telle activité.

Le petit groupe se dirige vers la grande halle, où se tenaient les marchés aux bestiaux. On s’imagine l’effervescence qui devait envahir les lieux lors des grandes foires, où des dizaines de bovins, porcs ou moutons attendaient d’être vendus. L’appareil de pesée, toujours présent, est là pour témoigner du passé. Aujourd’hui, la halle ne peut plus accueillir d’animaux car elle n’est plus aux normes et, étant classée, ne peut pas être modernisée.

En poursuivant la visite, on en vient à l’endroit où sont débarqués les animaux : une entrée pour les bovins, une autre pour les cochons. Une porte entrouverte laisse apercevoir le lieu où patientent les vaches. Une vaste étable complètement vide à cette heure. Il faut venir très tôt pour voir les bêtes arriver.

Sur la gauche se dresse le premier aboutissement du « master plan » : la nouvelle halle alimentaire, qui a ouvert en mai 2015. Foodmet est un grand bâtiment dont la modernité contraste avec la vieille halle métallique. Un projet qui a nécessité l’investissement de 18 millions d’euros, provenant de la commune d’Anderlecht, de la Région de Bruxelles-Capitale et de l’Europe. Elle accueille 17 boucheries et une trentaine de maraîchers. Son toit sera recouvert d’une ferme urbaine en 2016.

L’odeur du sang commence à être de plus en plus tenace. Les visiteurs traversent un couloir, certains se bouchent le nez. Au bout, des engins qui transvasent des peaux de vaches d’un container à l’autre. Une fois dépassé l’étrange spectacle, apparaissent des hommes en blouse blanche chargeant la viande dans les camions, qui l’achemineront jusqu’aux boucheries. Un grand panneau indique l’emplacement de chaque grossiste.

En longeant ce grand bâtiment, on découvre sur la gauche l’ancien marché aux viandes. Deuxième volet du « master plan », le projet Manufakture Abattoir prévoit la création d’un nouvel abattoir à cet endroit. Celui-ci sera au centre d’une activité économique circulaire et plus diversifiée, toujours en lien avec l’alimentaire.

Un compromis

Pour finir, le groupe s’arrête en face des deux imposants taureaux qui surveillent l’entrée principale. Les guides n’ont cessé de soulever toutes les problématiques liées à l’emplacement urbain des abattoirs. Si certains préféraient y construire des logements ou des bureaux, eux défendent les atouts que peut apporter une telle activité. Ils ont envie de croire que l’on peut trouver un compromis pour qu’habitat et activité économique soient compatibles. Ils ne nient pas les nuisances que celle-ci engendre : le va-et-vient incessant des camions à toute heure de la nuit, l’odeur, amplifiée quand il fait chaud, les problèmes de mobilité les jours de marché (100.000 personnes chaque week-end), les corbeaux qui sèment des bouts de viande avariée dans les parcs ou les terrains de foot. Mais ils rétorquent que le site donne du travail à l’équivalent de 700 personnes temps plein. Sans compter les commerces avoisinants qui se sont développés autour du secteur alimentaire : boucheries, couteaux et casseroles, marchés, tanneries…

Les visiteurs sont invités à poursuivre le débat autour d’un thé. Un sujet est lancé : la manière dont nous consommons la viande. Chacun donne son avis, rétorque, énonce une autre problématique. La grande majorité des bêtes étant tuée loin de chez nous, on en vient presque à oublier qu’un steak a parcouru un long chemin avant d’arriver dans une barquette. Viennent ensuite les interrogations sur la provenance des animaux, sur leur transport, sur les conditions de leur mise à mort. Autant de questions que nous occultons volontiers et auxquelles cette visite apporte quelques éléments de réponse.

Le débat est donc toujours ouvert. Comment conserver une activité qui génère des emplois au centre de la ville ? Comment faire en sorte que les fonctions d’habitat et de production soient compatibles ? Ce sont les problématiques auxquelles il va falloir répondre dans les années à venir si l’on veut conserver cet héritage de l’ère industrielle. Forum Abattoir est là pour porter le débat et l’encadrer.

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