Éoliennes: les coopératives pullulent

Il y a de quoi y perdre son latin. Jusqu’il y a peu, à « coopérative éolienne » était de facto associé un groupe de citoyens motivés à mettre en commun une part de leur épargne pour devenir propriétaires d’une éolienne riveraine. Récemment, de telles coopératives, mais d’un genre nouveau, sont apparues. Elles sont dites « financières » ou « industrielles » ou encore « coopératives de façade » et ont été créées à l’initiative même des développeurs de projets éoliens, Electrabel et Lampiris entre autres. Et appellent, tout comme leurs cousines citoyennes, à l’épargne publique.

Dans ces coopératives financières, les habitants ne sont pas propriétaires d’un morceau d’éolienne. Il s’agit d’un produit purement financier dénué de véritable implication citoyenne.

Mais une alternative pointe le bout de son nez. L’initiateur n’est autre que Colruyt. «  Avec la coopérative Eoly.coop, Colruyt développe sa propre branche éolienne axée sur l’épargne citoyenne. Son originalité ? Elle offre à ses investisseurs, qu’ils soient des clients de l’enseigne ou non, l’accès à la copropriété de l’éolienne, comme le fait une coopérative citoyenne classique, explique Bruno Claessens, facilitateur éolien pour la Wallonie à l’Apere (Association pour la promotion des énergies renouvelables). Et cela, en plus de dividendes annoncés entre 4 et 6 % et la sécurité d’être soutenu par un groupe industriel puissant. Cette démarche alternative pourrait prendre des parts de marché importantes à l’avenir. »

Reprendre la main sur la production électrique

Mais le rendement n’est pas tout. Du moins pour la majorité des riverains de parc éolien d’ores et déjà rassemblés en coopérative citoyenne. Ce qui les motive, c’est de reprendre la main sur la production électrique et d’être indépendants. C’est ainsi que désormais, en Wallonie, 12 coopératives citoyennes agréées CNC (Conseil national de la coopération) par le ministère de l’Économie, sont fédérées au sein de l’association Rescoop. Ensemble, elles comptent plus de 5.000 citoyens souscripteurs répartis dans toute la Wallonie, réunissant un capital de plus de 7 millions d’euros et détenant 8 éoliennes citoyennes en activité. Soit 12,2 mégawatts (MW) installés. En 2014, elles ont produit plus de 23.000 MWh d’électricité. De quoi alimenter environ 7.000 ménages. Toutefois, la fourniture d’électricité est indépendante de sa production. C’est donc par l’intermédiaire de la coopérative Cociter, qui détient la licence adéquate, que de l’électricité garantie 100 % verte et citoyenne est fournie aux membres de Rescoop. Rien n’est simple.

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Et le paysage éolien déjà complexe s’est encore étoffé cet été avec l’arrivée d’Enercoop, une structure à mi-chemin entre les coopératives citoyennes et industrielles, où la part est à… 5 €. «  Contrairement aux autres coopératives, son but n’est pas de créer des parcs éoliens, mais d’assembler les moyens financiers pour racheter de l’éolien déjà en action  », précise Bruno Claessens. En tout cas, le projet de Jean-François Mitsch, administrateur délégué, est ambitieux : «  A 10 ans, notre objectif est d’investir dans 50 éoliennes, on en a déjà 3 (d’une puissance de 7 mégawatts) ; et de compter 100.000 membres en Wallonie et à Bruxelles.  » Soit le même objectif que Ecopower, la coopérative flamande pionnière de l’éolien participatif à grande échelle. Celle-ci compte déjà 50.000 membres disposant de pas moins de 100 MW de puissance éolienne. À titre de comparaison, la production totale d’énergie éolienne en Wallonie est de 2.100 MW, dont la part citoyenne correspond à 3 %.

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L’expert : « La tendance va s’accroître »

Bruno Claessens est facilitateur éolien pour la Wallonie à l’Apere (Association pour la promotion des énergies renouvelables).

Entre les coopératives éoliennes purement citoyennes et celles émanant de groupes industriels, quelles différences ?

La grande différence réside dans l’accès à la copropriété de l’éolienne. Elle coule de source dans les coopératives citoyennes alors que dans la majorité des cas, les groupes industriels ne l’offrent pas. Investir dans les coopératives éoliennes industrielles revient à effectuer un placement financier, tout en étant assuré d’une sécurité par la grosseur du groupe qui est derrière. Lorsqu’un citoyen prend deux parts à 125€ chez Cogreen (Electrabel), il finance bel et bien une partie du parc éolien, mais son action se résume à un prêt. C’est comme s’il souscrivait à une obligation financière. Dès lors, il en reçoit des dividendes et rien d’autre. Se pose aussi la question de la gouvernance.

C’est-à-dire ?

Dans les coopératives industrielles, les citoyens ne sont pas majoritaires dans les décisions prises à l’assemblée générale. Alors que dans les coopératives citoyennes, si : ce sont les citoyens qui gèrent leur projet durable.

Les coopératives citoyennes sont-elles un capital à risque ?

Ça l’est dans le sens où, en cas de dissolution, le remboursement des parts acquises n’est pas garanti. Mais dans les faits, le risque est faible car l’actif se dévalorise très peu. Dès lors, même s’il est revendu avec une moins-value, cette dernière sera compensée par les dividendes reçus tout au long de la vie de l’éolienne.

Et en cas de dissolution d’une coopérative industrielle ?

Si les parts acquises sont apparentées à un prêt, comme c’est le cas le plus souvent, le citoyen investisseur récupérera sa mise de départ.

Elles promettent un taux d’intérêt flirtant avec les 6 %. Alléchant…

Surtout au regard des taux appliqués aux livrets d’épargne. Mais ce qu’on oublie de préciser, c’est que l’intérêt est fluctuant et que le dividende n’est jamais garanti. Aussi, toutes les coopératives agréées ont l’obligation de limiter leur dividende à 6 %. Il ne sera donc jamais supérieur et souvent inférieur. Cette démarche purement financière a le mérite d’attirer dans l’éolien un public qui n’aurait pas investi dans les coopératives citoyennes classiques.

Comment voyez-vous l’avenir des coopératives éoliennes ?

Au vu des taux d’intérêt du participatif actuel, on ne peut aller que vers un accroissement de la tendance. Ensuite, la part citoyenne du cadre de référence éolien va être de plus en plus occupée. En effet, depuis 2013, en Wallonie, il est prévu dans le nouveau cadre de référence que tout nouveau projet éolien doit être ouvert à 24,99 % aux citoyens et à 24,99 % aux communes. Les montants mis en jeu peuvent être importants. On assiste ainsi de plus en plus à de la solidarité entre coopératives citoyennes pour croquer leur part de gâteau.

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