Alors, cette chronique, tu la débutes ou tu la commences?

Un des ponts aux ânes des chroniqueurs de langue est de se prononcer sur l’emploi des verbes quasi-synonymes débuter et commencer.

Temps de lecture: 3 min

Les puristes décrètent que débuter s’emploie sans complément d’objet direct : « la séance débute », mais non « le président a débuté la séance » ; dans ce dernier emploi, c’est le verbe commencer qui s’impose. Mais l’observation de ces deux verbes dans l’usage contemporain montre une joyeuse confusion, avec des emplois transitifs de débuter  : « débuter une carrière, une conférence, une collection ».

Aujourd’hui la distinction entre débuter et commencer me semble relever davantage de la coquetterie linguistique que d’un usage correct du français. Mais comme cette chronique débute, mieux vaut la commencer avec élégance.

Postscriptum 1

L’emploi transitif de débuter ne date pas d’aujourd’hui. Le Bon Usage de M. Grevisse et A. Goosse (15e édition, 2011, § 287a) précise que sa diffusion remonte aux années 1950. Parmi les auteurs qui l’emploient, le Bon Usage cite La Varende, D. Decoin, J. Laurent, M. Rheims et même Fr. Mitterrand. Du bon monde, sans doute, mais qui ne suffit pas pour légitimer cet usage.

Si l’on n’est pas surpris de l’anathème de l’Académie française sur son site « Dire, Ne pas dire » (« Le verbe Débuter ne peut avoir de complément d’objet direct »), on soulignera la prudence du Bon Usage estimant qu’il est prématuré de considérer cette construction transitive de débuter comme « intégrée au bon usage. » Un dictionnaire usuel comme le Petit Robert, dans sa plus récente édition (2016), mentionne la construction transitive (« Il débute son speech »), mais l’accompagne de la mention « emploi critiqué ».

Postscriptum 2

D’autres quasi-synonymes de débuter et commencer peuvent être pris en considération, dont le verbe démarrer. Celui-ci fait l’objet de commentaires similaires à ceux émis pour les emplois transitifs de débuter.

L’Académie française écrit en 2012 sur son site « Dire, Ne pas dire » : « On ne dira pas Démarrer l’émission  » (pas plus que Démarrer sa voiture). Le Bon Usage de M. Grevisse et A. Goosse (15e édition, 2011, §287a) estime que cet emploi « appartient à un langage un peu négligé ». Pour J. Hanse et D. Blampain dans le Dictionnaire des difficultés du français (6e édition, 2012, s.v. démarrer), « on admet démarrer une émission, démarrer une voiture (la mettre en marche) aussi bien que la voiture démarre, démarrer un bateau (larguer les amarres). […] Démarrer un travail est familier. » Cette dernière appréciation est reprise dans le Petit Robert 2016.

On le constate : les avis des grammairiens ne convergent pas plus que les usages attestés.

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