Victoire, ex-mannequin: «On m’a dit ‘la taille sera du 32-34, tu dois entrer dedans’»

Trois pommes par jour pour seul repas, poisson ou poulet une fois par semaine  : Victoire Maçon Dauxerre a sombré dans l’anorexie quand elle était top model. À 23 ans, la jeune femme a décidé de raconter son calvaire dans un livre intitulé « Jamais assez maigre. Journal d’un top model », paru ce mercredi 6 janvier aux éditions Les Arènes.

Dans ce livre, Victoire raconte, entre autres, avoir vu dans les coulisses des défilés, des mannequins grignoter devant les caméras avant d’aller se faire vomir aux toilettes une fois les journalistes partis ; avoir participé à des séances photo où seuls les photographes avaient à manger ou encore être tombée d’inanition et de fatigue dans la rue en pleine Fashion Week de New York…

« Les filles qui bossent aujourd’hui diront probablement que je mens parce que si elles veulent continuer, elles ne peuvent rien dire, il y a une véritable omertà dans le milieu », dénonce cette jeune femme volontaire, qui se destine désormais au métier de comédienne.

47 kilos pour 1,78 mètre

« On ne peut pas imposer un corps malade en idéal de beauté, c’est criminel », juge Victoire, cinq ans après une carrière fulgurante de huit mois, au cours de laquelle elle a défilé à New York, Milan, Paris, pour des grands noms comme Alexander McQueen, Céline, Miu Miu.

À l’époque, elle était descendue à 47 kg pour 1,78 m. Aujourd’hui, elle se félicite de la législation adoptée en France en décembre, soumettant l’activité de mannequin à un certificat médical qui prend notamment en compte l’indice de masse corporelle (IMC), même si elle trouve que le texte a « dix ans de retard ».

Une telle mesure l’aurait empêché de travailler : « Un médecin aurait vu que j’avais le pouls super faible, je perdais mes cheveux, j’avais de l’ostéoporose, je n’avais plus mes règles. Quand on a le teint terreux, limite vert, on voit tout de suite qu’il y a un problème ».

Taille 32-34 : « Tu dois entrer dedans »

C’est à 18 ans que Victoire Maçon Dauxerre se fait repérer alors qu’elle fait du shopping avec sa mère dans le Marais à Paris. Fille d’un ingénieur et d’une artiste, elle prépare son bac et rêve de faire Sciences Po. Mais elle se laisse convaincre par l’aventure du mannequinat et entre à l’agence Elite.

« Personne ne m’a dit ‘tu dois perdre du poids’. Mais on m’a dit ‘en septembre, tu fais les Fashion Weeks, la taille du vêtement sera du 32-34, tu dois entrer dedans’. C’est à ce moment-là que j’aurais dû partir », regrette cette longue jeune femme châtain aux yeux bleus, qui porte désormais du 38.

Pour arriver à la taille requise, Victoire s’affame. Elle perd une dizaine de kilos en deux mois pendant l’été, en se nourrissant de trois pommes par jour et de boissons gazeuses, dont les bulles la « calent ».

« Plus je maigrissais, plus je me trouvais grosse », explique cette « bonne élève », qui reconnaît qu’il y a « sans doute un terrain pathologique à l’anorexie […] Mais voir des images toute la journée qui vous confirment que la beauté c’est la maigreur, ça ne fait qu’inciter à cela. »

« Personne n’a compris »

« Les mannequins ne sont rien, ce sont juste des cintres. Dans les années 1980, les top models étaient des personnalités. Aujourd’hui il faut s’effacer derrière le vêtement », dit-elle. Elle « en veut aux maisons de couture » : « Les créateurs ne veulent que des corps androgynes, on ne veut pas célébrer le corps de la femme ».

Et d’ajouter, à propos de Karl Lagerfeld  : « Il dit que personne ne veut voir des grosses défiler. Mais entre ce qu’on voit maintenant et des grosses, il y a quand même de la marge ! », s’insurge-t-elle, en colère contre ce « diktat de la maigreur ».

Quand, à bout, elle décide finalement d’arrêter le mannequinat, « personne n’a compris ». Elle tombe dans la boulimie, fait une tentative de suicide. « Tout le monde me disait ‘tu as la vie rêvée’ mais moi je n’ai jamais été aussi malheureuse », raconte Victoire Maçon Dauxerre, qui dit avoir reçu depuis l’annonce de son livre plein de témoignages et messages de soutien.