L’accès aux soins de santé dans le monde: un parcours semé d’embûches

Maux de gorge ? Douleurs à l’estomac ? « Appelle le docteur », nous dit-on. « Va aux urgences », nous conseille-t-on. C’est limpide, c’est même devenu un réflexe. Malheureusement, le constat est sans appel : nous sommes tous inégaux face à la santé. Naître dans un pays plutôt que dans un autre aura un impact sur votre espérance de vie. Des disparités existent aussi au sein d’un même État.

On ne peut pas le nier : l’échelle sociale a un rôle important à jouer dans l’inégalité de l’accès aux soins de santé. Chaque année, pas moins de 100 millions de personnes passent sous le seuil de pauvreté à cause de leurs dépenses en soins de santé, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

C’est quoi, l’accès aux soins de santé ?

Quand on parle d’accès aux soins de santé, de quoi parle-t-on réellement ? Selon l’OMS, «  la possession du meilleur état de santé qu’il est capable d’atteindre constitue l’un des droits fondamentaux de tout être humain ». Et ce droit fondamental comprend l’accès à des soins de santé « acceptables, d’une qualité satisfaisante et d’un coût abordable. » Chaque être humain doit pouvoir contrôler sa santé, son corps, mais aussi son intégrité (ne pas être soumis à la torture, ou à un traitement ou une expérience médicale sans consentement). Le droit à la santé comprend aussi l’accès à un système de protection de la santé garanti à chacun de manière égale.

L’inégalité domine

Mais l’égalité n’est pas le maître mot quand il s’agit d’accès aux soins de santé. Les populations les plus pauvres ne jouissent pas facilement de ce droit. « Trois des maladies transmissibles les plus meurtrières au monde – le paludisme, le VIH/sida et la tuberculose – touchent de façon disproportionnée les populations les plus pauvres du monde, ce qui pèse lourdement sur les économies des pays en développement », explique l’OMS. Car l’accès aux soins de santé, au-delà d’être un droit, est vital. Sans soins adaptés, les morts prématurées se multiplient. L’espérance de vie d’un pays en dit d’ailleurs long sur l’accès aux soins de santé de ses habitants.

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Au sein même d’un pays à revenu élevé, les disparités existent aussi. Certaines tranches de la population présentent des taux de mortalité supérieurs à la moyenne d’un pays. « Les personnes particulièrement vulnérables à une infection à VIH – notamment les jeunes femmes, les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes et les consommateurs de drogues injectables – appartiennent souvent à des groupes victimes de discrimination et défavorisés sur le plan social et économique », dénonce l’OMS.

Les femmes sont également souvent désavantagées dans l’accès aux soins : « les femmes se voient souvent refuser l’accès aux soins et aux services de santé sexuelle et génésique dans les pays développés et en développement. Il s’agit d’une violation des droits humains profondément enracinée dans les valeurs des sociétés en matière de sexualité des femmes. Outre le refus de soins, les femmes de certaines sociétés sont parfois contraintes de subir des procédures comme la stérilisation, l’avortement ou des examens de virginité. »

En Belgique : le niveau d’éducation déterminant

Un Belge sur six renonce à se rendre chez le médecin pour des raisons financières, apprend-on dans le Livre Vert sur l’accès aux soins en Belgique. L’accès aux soins est particulièrement problématique en Belgique pour les personnes en situation de pauvreté, les primo-arrivants et les personnes issues de l’immigration.

Cela dit, un facteur primordial semble se dégager pour expliquer les inégalités face aux soins de santé : le niveau d’éducation. Chez nous, un Belge de 25 ans sans diplôme a une espérance de vie de 3 à 5 ans inférieure à un Belge diplômé d’études supérieures de type long.« Du côté des hommes à 25 ans, les non-diplômés peuvent espérer vivre en bonne santé jusqu’à 53 ans, les diplômés de l’enseignement supérieur de type long jusqu’à 71 ans. Pour les femmes, ces mêmes espérances de vie sont, respectivement, de 49 ans et 74 ans. En moyenne, cela représente donc une différence, impressionnante, de 18 à 25 années en moins à vivre en bonne santé pour ceux et celles qui n’ont pas eu l’occasion de faire des études. »

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Les premières données sur l’accès aux soins de santé en Belgique datent de 1997. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il n’y a pas vraiment eu d’évolution substantielle depuis. « Le fossé entre les moins instruits et les plus scolarisés est et demeure important. (…) La seule exception à ce constat est l’excès de poids pour lequel l’écart se rétrécit en raison d’une augmentation du surpoids chez les plus instruits », peut-on lire dans le Livre Vert sur l’accès aux soins en Belgique.

Cependant, une étude de la Fondation Roi Baudoin montre que les inégalités entre les catégories sociales se creusent encore : les plus instruits vivent plus longtemps alors que l’espérance de vie des moins qualifiés tend à reculer. Le problème, c’est que c’est un véritable cercle vicieux qui s’installe au fur et à mesure : « un mauvais état de santé empêche la mobilité sociale ascendante, induit une mobilité sociale descendante. Avec pour conséquence ultime : une concentration de personnes en mauvaise santé au sein des catégories socio-économiques faibles. »

Comment réduire ces inégalités ? Le « Livre Vert de l’accès aux soins de santé en Belgique » propose quelques pistes : « prévention et éducation à la santé, simplification des procédures administratives et optimisation des droits (intervention majorée, Omnio, malades chroniques…), et une meilleure information sur les structures et les dispositifs favorisant l’accessibilité financière aux soins » sont des solutions possibles.

Ailleurs dans le monde : une inégalité inacceptable

Dans les autres pays du globe, l’inégalité d’accès aux soins de santé se creuse également. « L’inégal accès aux soins est fortement dépendant de l’endroit où l’on se trouve », affirme Médecins Sans Frontières. L’espérance de vie à la naissance en 2013 était d’environ 76 ans en Europe, contre 58 ans en Afrique, selon les chiffres d’MSF.

Ces différences sont alarmantes. Et le constat s’aggrave chez les enfants de moins de cinq ans. « Près de 7 millions d’enfants de moins de cinq ans sont morts en 2011. L’expérience des pays à haut revenu montre que la quasi-totalité de ces décès peut être évitée », dénonce MSF.

L’accès aux soins de santé : un parcours semé d’embûches

Pourquoi l’accès aux soins de santé est-il si difficile dans certaines parties du monde ? Plusieurs raisons l’expliquent. MSF en a décompté neuf principales :

La distance qui sépare une personne d’un hôpital ou d’un centre de soin peut s’avérer fatale. « Dans certains pays africains, plus de la moitié de la population vit à plus de 10 km d’un centre de soins », déclare MSF. Mauvaise qualité des routes, chemins risqués en zones de conflits… Les raisons d’un accès difficile aux hôpitaux sont nombreuses. « 42 kilomètres. C’est la distance d’un marathon. Ou celle parcourue par les femmes au Nigeria pour accéder à une assistance médicale », dénonce l’association de médecins.

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Autre problème, et pas des moindres : le coût des soins. Se soigner ou plonger dans la pauvreté, c’est un dilemme qui ne devrait pas exister, et auquel font face de nombreuses populations. Rappelons-le : 100 millions de personne sombrent chaque année dans la pauvreté parce qu’elles doivent payer directement leurs soins de santé.

« En janvier 2013, mon neveu était malade. Il avait de terribles diarrhées. Nous étions trop pauvres pour pouvoir nous rendre chez un docteur. Il avait neuf mois, il est mort », témoigne un patient du Swaziland à MSF. Les problèmes d’argent sont un véritable engrenage : une personne qui ne se soigne pas pour des raisons économiques verra son état de santé empirer. Son état se détériorant, le traitement deviendra plus difficile, et donc encore plus coûteux. Médecins Sans Frontières plaide pour l’instauration de la gratuité des soins de santé dans des situations d’urgence, ainsi qu’un recours moindre aux paiements directs.

D’autres causes existent, évidemment. Les ruptures de stock de médicaments, par exemple. 55 % des médicaments génériques sont indisponibles dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Et quand ce ne sont pas les médicaments qui manquent, ce sont les médecins eux-mêmes. Le manque de professionnels de la santé est bien plus grand que l’on ne l’imagine. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, il manque plus de 7,2 millions de professionnels de la santé dans le monde. Un manque cruel, aux conséquences désastreuses : 40 millions d’accouchements ne sont pas assistés par un personnel soignant qualifié dans les pays en développement. Et accoucher sans assistance est le premier facteur de risque de mortalité maternelle.

Plus parlant encore, selon l’OMS, « les pays à revenu élevé disposent en moyenne de près de 90 infirmières et sages-femmes pour 10.000 habitants, tandis que dans certains pays à revenu faible, la densité de ce type de personnel est inférieure à 2 pour 10.000 habitants. »

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Dans les zones de conflit, il est encore plus compliqué d’accéder à des soins médicaux. « Non seulement la demande en soins est fortement accrue, mais l’offre est réduite à cause d’infrastructures sanitaires détruites ou endommagées, du personnel de santé qui fuit les zones de combats et du matériel médical et des médicaments qui viennent à manquer », explique Médecins Sans Frontières.

Bien d’autres causes expliquent pourquoi l’accès aux soins de santé est un parcours semé d’embûches pour de (trop) nombreuses personnes. Le manque d’accès à l’information, les barrières culturelles, le manque d’infrastructures sanitaires opérationnelles, et les maladies pour lesquelles aucun médicament n’est connu à l’heure actuelle.

Une couverture sanitaire universelle ?

Pour l’Organisation Mondiale de la Santé, il ne faut cependant pas perdre espoir, et insister sur l’importance de la recherche locale et mettre au point un système de couverture sanitaire universelle adapté à la situation de chaque pays. Dans son rapport intitulé « La recherche pour la couverture sanitaire universelle », l’OMS défend ce qui, pour elle, pourrait être « le concept le plus efficace que la santé publique puisse offrir. »

En 2005, tous les États Membres de l’OMS se sont engagés à parvenir à la couverture sanitaire universelle. « L’objectif de la couverture sanitaire universelle est de veiller à ce que tous les individus aient accès aux services de santé dont ils ont besoin (prévention, promotion de la santé, traitement, rééducation et soins palliatifs) sans risquer de se ruiner financièrement ou de s’appauvrir, aujourd’hui et à l’avenir », explique le rapport.

C’est dans le cadre de cet objectif que l’on a pu observer un recul généralisé des paiements directs des services de santé. Cela dit, la route est encore longue : « on estime que 150 millions de personnes se retrouvent dans une situation financière catastrophique chaque année du fait des dépenses de santé qu’elles doivent financer elles-mêmes », déplore l’OMS.