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Les vins conventionnels ne sont pas des vins «poubelles»

Ce n’est pas parce qu’on n’a pas de label qu’on se permet tout !

Temps de lecture: 5 min

Qu’est-ce qu’un vin conventionnel ?

C’est très simple, c’est un vin qui ne présente pas de label (à ne pas confonde avec une médaille !). Tous réunis, ils représentent la grande majorité des vins. Sans nombre précis, on estime qu’ils représentent 90 % des volumes. Avec un œil critique, on pourrait penser que ces vins sont des vins ou tout est permis et qui représentent tous les maux de l’industrie agroalimentaire. Toutefois cette perception est loin d’être une réalité. Les vins conventionnels ne sont pas des vins poubelles ! Les normes sont des limites légales supérieures, pas inférieures. Les vignerons utilisent cette liberté à leur discrétion. Les normes sont plus strictes en France par rapport aux normes européennes qui sont déjà plus strictes que les normes en vigueur dans les pays du nouveau monde.

Pour bien comprendre la problématique, différencions la méthode dans les vignes (viticulture) et dans le chai (viniculture).

1. Le conventionnel dans les vignes.

Le travail dans les vignes a fortement évolué «  l’utilisation des produits de synthèse a fortement baissée ces dernières années, même des grandes caves coopératives ont aujourd’hui des cahiers des charges très stricts pour les pratiques de viticulture » nous confie Sean Matthys-Meynard, vigneron du Château Beaulos-Charmes (bio) et du Château Cabanieux (conventionnel) dans le Bordelais.

Alors pourquoi ne pas se revendiquer de ces labels et rester dans les vins conventionnels ? «  Pour la liberté de pouvoir choisir ce qui est le mieux dans chacune des méthodes  » nous confie Damien Briard, vigneron du domaine Agape, situé à Quinsac. «  J’utilise de nombreux produits bios et applique certaines techniques biodynamiques, que je considère comme le futur, mais je n’ai pas toujours la solution à mes problèmes dans ces labels  »

Alors pourquoi être en conventionnel aujourd’hui ?

1. La nécessité de s’assurer

« Je suis loin de traiter à tout va ! Je me définis comme viticulteur en ultra-raisoné mais je ne peux pas me permettre de perdre une récolte. Mon banquier ne me le autoriserait pas. Alors même si je n’utilise pas toujours ces produits de synthèse, j’ai toujours une sécurité en cas de besoin. Ce qui m’exclut de certains labels plus restrictifs. » (Damien)

2. Le poids du passé

« J’ai repris un domaine qui désherbait intensivement. La génération Monsanto ! Je dois donc rééduquer la terre à pouvoir vivre par elle-même. Il ne m’est donc pas possible, aujourd’hui, de labourer mes vignes car toutes les racines sont en surface. Je les couperais et perdrais ma récolte. Il faut du temps pour que de nouvelles poussent vers le fonds. » (Sean)

3. La réalité naturelle

Chaque région a sa propre réalité. Le Bordelais, par exemple, est la région avec la pluviométrie la plus élevée de France. c’est souvent tout ou rien. Il pleut des trombes puis rien pendant 10 jours, puis rebelote. Par rapport à une région plus sèche, comme le Languedoc, la réalité n’est pas la même et le risque est plus grand.

4. La réalité du marché

Finalement, comme pour tout produit, le vigneron doit avoir un marché. Sachant que 80 à 90 % des volumes vont vers la grande distribution, qui recherche essentiellement des vins en dessous de 5€, les vignerons ne peuvent pas se permettre de culture intensive en travail. Il y a beaucoup de clients qui aiment le bio, mais ils ne sont pas tous prêts à en payer le prix. Les vignerons doivent donc leur offrir un produit pour le prix qu’ils sont prêts à payer.

5. Le conventionnel selon ses besoins, sa réflexion

« Pouvoir utiliser une série de produits, ne veut pas dire qu’on les utilise tous et dans les quantités maximales. Personnellement, la majorité des produits que j’utilise sont des produits agréés bios. Je ne traite que très modérément mes vignes, pour une raison économique d’une part et pour une raison écologique d’autre part. » (Damien)

« Vous savez le vigneron qui désherbe en plein, traite sans réflexion dans la terre et dans le chai, c’est le passé ! Ou alors ce sont des vignerons qui proposent des vins dans des prix ou le doute n’est pas permis. » (Sean)

6. Le conventionnel comme refuge contre l’administratif

Il existe une série de vignerons qui font du vin pour qu’il soit bon, et qui pourraient être bio. Comme il estime que ce n’est pas la raison pour laquelle le client doit acheter leur vin, ils ne l’indiquent pas. De plus, ils n’ont pas envie de se conformer à la lourdeur et aux coûts des procédures d’accréditation.

2. Le conventionnel dans le chai

C’est ici qu’on découvre un grand schisme entre les grandes propriétés, les grandes caves coopératives et les petits vignerons.

« Pour faire un bon vin, on a besoin d’un bon raisin. Et si on a un bon raisin, c’est dommage de ne pas garder sa qualité et son identité lors de la vinification. Nous, les petits vignerons, on aime faire des vins de terroir. Dès lors je n’utilise que très peu de produits dans les chais. Ceux que j’utilise, uniquement dans mes cuvées classiques, sont neutres et en très faible quantité. Je ne peux me permettre économiquement d’avoir un souci avec ces cuvées. » (Damien)

Pour les grandes propriétés et producteurs, le raisonnement est différent, le travail en chai est fait pour obtenir des vins au goût standardisé de la grande distribution à un prix très bas. Ce n’est pas bien ou mauvais, c’est simplement la réalité dictée par les consommateurs et donc le marché. Tout le monde ne veut pas un vin avec de la personnalité et des spécificités, la plupart des consommateurs veulent des vins classiques. Dès lors on a inventé des levures et des enzymes qui permettent de guider le vin dans ces directions.

Mais un œnologue n’est toutefois pas un petit chimiste, s’il peut cacher certains défauts, il ne fera jamais du bon vin au départ de mauvais raisins.

En conclusion, on peut rappeler que dans les vins conventionnels, il existe une vraie tendance auto contraignante. Que chacun peut faire ce qu’il veut endéans la liberté légale offerte. Les choix sont guidés par une envie de faire des vins qui répondent à une demande et à une contrainte économique. Tirons notre chapeau à ces vignerons qui ne sont pas dogmatiques mais qui réfléchissent avec l’objectif de faire un bon honnête vin au final. Et on peut tout à fait le faire dans les vins conventionnels.

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