De plus en plus de chiens et de chats mis au régime vegan

Il s’appelle Manu, il a 2 ans et demi et il n’a jamais mangé de viande. Ce lévrier espagnol doit ce régime alimentaire, hors du commun pour un chien, à sa maîtresse, Céline, adepte de l’alimentation vegan, c’est-à-dire exempt de chair animale. « Quand j’ai adopté Manu, je n’ai pas eu envie d’entretenir une industrie qui tue des animaux et, qui plus est, produit des aliments douteux pour les chiens et les chats de compagnie », explique cette Bruxelloise de 39 ans qui, soucieuse du bien-être de son chien, s’est bien renseignée sur l’alimentation vegan à destination des canidés avant de franchir le pas.

« Sur internet, j’ai découvert de nombreux témoignages et conseils, ainsi que l’existence des croquettes sans viande que l’on peut acheter en ligne ou dans des commerces bio, développe-t-elle. Mon vétérinaire, qui est défenseur de la cause animale, n’a vu aucun problème à ce que Manu se passe de viande. Bon, il n’est pas très fan de riz et de lentilles. Mais il apprécie ses croquettes vegan qui me donnent l’assurance qu’il ne manque nutritivement de rien. »

Les meilleures intentions

Céline et son jeune Manu sont loin de représenter des cas isolés. Les régimes végétariens et vegan pour chiens et chats rencontrent un succès croissant, tout simplement parce que de plus en plus de maîtres sont convaincus par les vertus d’une alimentation pauvre en protéines animales, voire dépourvue de celles-ci. Ils rejettent la viande de leur assiette et de la gamelle de leur compagnon pour des raisons à la fois philosophiques, environnementales et sanitaires : ils estiment que tuer des animaux pour les consommer est moralement inacceptable, ils soulignent que la production d’alimentation carnée contribue au réchauffement climatique et ils considèrent que le « régime classique » nuit gravement à la santé.

Grâce à internet et à ses échanges rapides d’informations, l’engouement pour l’alimentation vegan, y compris pour les toutous et les matous, a décuplé. « C’est un effet de mode qui prend de l’ampleur depuis cinq ans. Je le constate en consultation où l’on demande de plus en plus de conseils à ce propos, déclare Marianne Diez, vétérinaire nutritionniste à la Faculté de Médecine vétérinaire de l’ULg. Mais je refuse d’en donner parce que je n’adhère pas au principe vegan appliqué aux chiens et aux chats. Le végétarisme, ça fonctionne, parce que ce régime admet le poisson, les œufs et les produits laitiers. Mais le courant vegan, non, car il entraîne une série de problèmes pour les animaux carnivores. Leur infliger cela est un manque de respect pour leur nature de carnivore et peut être assimilé à une forme de maltraitance. »

Pourquoi pas un lapin ?

La vétérinaire spécialisée pointe toute une série de carences nutritionnelles – de la taurine aux vitamines A et D en passant par le fer et certains acides aminés – infligées par l’alimentation vegan aux carnivores. « En fonction de leur état de santé, les animaux supportent cela plus ou moins bien en apparence. Mais on peut redouter des effets à long terme, notamment aux niveaux rénal et thyroïdien. Et il est certain que, pour de très jeunes animaux, on risque de conséquences négatives rapides. Pour certains sujets, on a déjà observé une réduction de moitié de la croissance. »

Pour Marianne Diez, il est absurde de contrarier la structure alimentaire carnivore d’un chien et encore plus d’un chat. « Il est encore moins naturel de vouloir répondre aux carences qui en découlent par l’apport de nutriments de synthèse. Si l’on souhaite un animal herbivore, mieux vaut choisir un lapin qu’un chat. » A méditer, pour concilier ses convictions alimentaires et son envie d’une bête de compagnie.