Edito: il faut pousser à l’accouchement d’un islam belge

C’est l’islamologue belge, Radouane Attiya, chercheur à l’ULg, qui le déclarait la semaine dernière au « Soir » : « Si les autorités religieuses veulent regagner leur autorité, elles devront produire un discours plus critique, en phase avec les attentes des jeunes. On arrivera forcément à un schisme entre un islam traditionnel, militant, politique et un islam contemporain, dépolitisé. »

C’est peut-être ce qui se joue déjà, du moins un commencement, en Belgique. Si cela se confirme, c’est une très bonne chose. L’islam « belge » a vécu – et vit encore en grande partie aujourd’hui – en autarcie, refermé sur lui-même, permettant à des imams d’officier en Belgique depuis des dizaines d’années sans être intégrés – sans connaître ni le flamand ni le français – à des cours de religion islamique d’être donnés sans supervision, à des mosquées d’opérer hors de tout contrôle et à des individus de répandre une interprétation radicalisée ou en tout cas ultra-conservatrice du Coran auprès de jeunes Belges.

Une omertà qui commence à voler en éclats

On a connu la parole confisquée, hypocrite ou sans audace de l’Exécutif des musulmans de Belgique, refusant de se mouiller dans la critique et la régulation des excès à l’œuvre dans leur communauté.

Aujourd’hui, sous l’effet des actes de terrorisme commis à Paris et les menaces pesant sur Bruxelles, cette omertà commence à voler en éclats. L’émergence de voix libres et d’initiatives venues de personnalités musulmanes pousse à la responsabilisation des « officiels » en relation avec les autorités belges.

L’explosion en plein décollage du projet de « déradicalisation » du trio Benzine-Saidi-Privot a révélé de façon très crue les divisions internes très fortes de la communauté et les pressions des « traditionalistes » sur les « contemporains ». La dénonciation par le président de l’Exécutif des musulmans, de menaces extérieures et des pressions internes dont il ferait l’objet, est un élément neuf, – à considérer avec prudence, car venant d’un homme peu connu jusque-là pour son audace ou sa volonté d’imprimer de la modernité à son organisation.

Mais il y a un moment à saisir. Et le nouvel arrêté royal en préparation, réformant l’Exécutif, est en tout cas une étape à ne pas rater. L’Exécutif n’a en soi pas de pouvoir mais il est aujourd’hui le seul interlocuteur du gouvernement fédéral, des Communautés et Régions. Ceux-ci ont besoin d’une professionnalisation de leur « partenaire » pour réguler ce culte dans le sens de l’accouchement de cet islam belge/européen contemporain.