«Tram: un gaspillage à 300 millions»

Le tram n’est pas que mathématiques mais en laissant ces dernières au fond de l’armoire, on finit par oublier ce que la collectivité doit débourser pour qu’il advienne. Petit rappel : le partenariat public-privé recalé par Eurostat et que l’échevin Michel Firket propose de braver, consiste à confier au privé tant la réalisation de l’infrastructure que l’achat des rames (380 millions d’euros) et la prise en charge de la maintenance sur 27 ans. En échange, la collectivité paie une redevance annuelle variable (de 41 à 45 millions d’euros) durant 27 ans à laquelle s’ajoute le coût de l’exploitation, somme augmentant avec le temps et l’inflation.

Au total, selon les calculs du conseiller Vega François Schreuer qui se base en partie sur les chiffres de la note au gouvernement wallon de 2013, la collectivité devrait payer près d’1,4 milliard ramenés à 1,1 milliard si on parle en « valeur actualisée » après une déduction du taux d’inflation que Schreuer chiffre à 1,6 %, sur base des estimations du bureau du Plan. Quant au coût d’exploitation, non communiqué à ce jour par la SRWT, maître d’œuvre du tram, le conseiller l’estime à 6 millions d’euros la première année pour arriver à 11,5 millions la 27 ème année, se basant cette fois-ci sur les chiffres d’un organisme d’études français (le Certu) tout en intégrant une hausse des salaires des chauffeurs et du personnel d’entretien.

Faire supporter l’investissement de 380 millions d’euros par le privé, c’était la solution trouvée par la Région pour éviter de devoir emprunter la somme en une fois. Et ainsi ne pas inscrire au budget un endettement qui l’aurait fait sortir des normes européennes limitant les dettes publiques des états membres. « Dès lors que la Ville et son échevin de la Mobilité plaident pour une rupture avec les normes comptables en outrepassant l’avis d’Eurostat, autant en revenir à un financement public classique qui, s’il rompt aussi avec les normes européennes, n’est pas ruineux pour les finances publiques au contraire du PPP », déclare le conseiller.

Explications. Selon François Schreuer, emprunter aujourd’hui 380 millions d’euros au taux de 3 % – « c’est une hypothèse haute, il y a moyen de trouver mieux »- revient à payer des annuités de 20,4 millions d’euros durant 27 ans. À cela s’ajoutent les coûts de maintenance et d’exploitation estimés au départ à 11,8 millions d’euros pour atteindre 23,4 millions en fin de course. « J’ajoute aussi, dans ce scénario de financement 100 % public, les 5,6 millions d’euros d’indemnités qu’il faudra payer aux consortiums privés, suite à la rupture du PPP ». Au final, la facture pour la collectivité serait de 1 milliard sur 27 ans, 800 millions d’euros en valeur actualisée. Soit une économie de plus de 300 millions d’euros.

« Le scénario actuel du PPP revient à payer un taux d’intérêt de 9 % au partenaire privé. C’est énorme, c’est du gaspillage d’argent public. C’est trois fois ce que Liège reçoit en fonds Feder. Comment peut-on encore défendre ce choix ruineux ? », déclare le conseiller Vega qui plaide pour un débat rationnel avec les forces vives liégeoises.

Dans une feuille de calcul qu’il entend rendre publique et modifiable selon les choix opérés – par exemple faire varier la vitesse commerciale retenue soit 21 km/h, ce qui a une influence sur le coût final- François Schreuer inclut d’autres scénarios tel qu’un investissement réalisé sur cinq ans, à raison de 50 millions d’euros par an pour un tracé plus réduit. « Ce n’est pas mon option favorite mais nous devons aujourd’hui, de manière sereine, envisager toutes les options y compris un recours à l’épargne citoyenne via un crowdfunding par exemple ».

Alors que la balle est dans le camp du gouvernement wallon, les forces vives liégeoises se saisiront-elles de l’analyse ? Le tram est plus qu’une équation mathématique mais, compte tenu des montants en jeu, peut-on faire l’impasse sur le coût pour la collectivité ?