Entreprendre pour aider les réfugiés

Une bonne soixantaine de personnes étaient réunies dimanche soir à l’espace de coworking et d’innovation Transforma Bxl (Evere) au terme d’un week-end dédié à la recherche de solutions pour faciliter la vie des réfugiés. Parmi eux, divers profils à la fibre entrepreneuriale et sociale, répartis en six projets, des coaches mais aussi à divers moments du week-end, 5 réfugiés (Syriens pour la plupart) hébergés au centre Fedasil de Rixensart. Leur apport a été essentiel pour que l’exercice tienne compte du vécu et des besoins réels des principaux intéressés. Diverses ONG sont également venues partager leur expérience de terrain, nous explique Philippe Drouillon, fondateur du réseau PIE (Positive Impact Entrepreneurs) et co-organisateur avec Transforma Bxl et OksigenLab. À noter également, la présence dans le jury de Jean-Pierre Luxen, directeur général de Fedasil, l’agence fédérale en charge de l’accueil des réfugiés.

« Des initiatives comme celles-ci existent à l’étranger et contribuent réellement à faciliter le parcours de tout demandeur d’asile. Je suis convaincu de la complémentarité d’initiatives privées comme les projets portés ici avec les pouvoirs publics et les ONG. On constate une refonte de la solidarité internationale, qui passe également par de l’entrepreneuriat privé, macro ou micro », analyse le patron de Fedasil. Et d’épingler un exemple concret : « Un des projets de ce soir (ndlr : SkillUp, lire ci-dessous)vise à gérer et mettre en mémoire les CV des réfugiés. Pas plus tard que cette semaine, Febelfin (ndlr : fédération du secteur bancaire)nous demandait si nous disposions d’une base de données des compétences des gens que nous hébergeons. Un tel projet contribue à combler un chaînon manquant entre l’offre et le demande ». Et Jean-Pierre Luxen d’évoquer les liens à créer entre des initiatives à petite échelle comme celles présentées dimanche soir et la plateforme plus large que cherche à mettre en place la FEB, par exemple.

« Légalement, tout demandeur d’asile peut travailler après 4 mois. Le problème réside dans la validation des diplômes. Seules les agences pour l’emploi peuvent le résoudre. Cela constitue un obstacle majeur pour des médecins, ingénieurs, avocats, etc, mais moins pour des profils peu qualifiés. »

Popup Factory

Le lauréat de ce premier Hack with Refugees s’appelle Popup Factory. Porté par 6 personnes, le projet vise progressivement à valoriser la créativité et le savoir-faire de réfugiés en leur permettant de réaliser des objets artisanaux et de les vendre. D’abord, dans les centres puis peut-être sur des marchés et éventuellement en un lieu fixe baptisé Popup Factory. Avec le rêve de tisser ainsi un réseau international de points de vente. L’objectif n’est pas de faire de l’argent, mais bien d’occuper les réfugiés les plus créatifs en valorisant leur artisanat. « La question de l’occupation pendant les longs mois d’attente est fondamentale. Nous organisons des cours de langue et essayons de faire de l’animation, de promouvoir un peu de sport, mais cela reste un souci », commente Jean-Pierre Luxen.

Yara Al-Adib, ex-réfugiée syrienne, était également membre du jury. Son parcours est certes tout à fait atypique : arrivée à Liège de Damas fin 2014, bardée de diplômes et parlant un anglais parfait, la jeune femme obtenait l’asile après deux mois, trouvait une maison à Anvers et un job de consultante chez Deloitte après six mois… Rien de comparable à la dure réalité de la majorité des 35.000 réfugiés actuellement en Belgique. Mais son passage de deux mois au « camp » de réfugiés de Saint-Trond lui a néanmoins permis de mesurer le désarroi et l’ennui face à l’attente… « On comprend que certains cherchent à se suicider ».

Marché du travail

Les deux autres lauréats, deuxièmes ex aequo, visent également à créer du lien en cherchant plus directement l’intégration sur le marché du travail. SkillUp a pour ambition de créer une base de données des CV des réfugiés. Tout à fait complémentaire, Entrepreneurs without Boundaries cherche à fédérer les structures d’entrepreneuriat existantes pour y intégrer les réfugiés désireux d’entreprendre, que ce soit en lançant leur propre boîte (dans une structure d’autocréation par exemple) ou comme « extrapreneur » au service d’une entreprise existante.

Le mot de la fin à Yousef, réfugié syrien hébergé à Rixensart. « Tout ce que j’entends ici est très positif et utile. S’il faut hiérarchiser, mes deux plus gros besoins sont de trouver un logement et un emploi. Les deux sont liés, mais à choisir, le logement est encore plus prioritaire », nous dit-il dans son anglais hésitant.

Fedasil cherche actuellement à loger 1.000 personnes par semaine…