La Panne, résidence de guerre d’Albert Ier

La Panne a non seulement marqué l’entrée en Belgique du premier Roi des Belges (lire numéro précédent), mais cette station située la plus au sud du littoral belge est aussi célèbre pour avoir accueilli la résidence principale du 3 e Roi des Belges et de sa famille pendant toute la durée de la Première Guerre mondiale. En ce début de XX e siècle, son oncle, le roi Léopold II, occupait alors le Chalet royal, un fameux palais installé sur la digue d’Ostende, la “Reine des Plages ”, et constitué d’un pavillon de bois et d’un pavillon de briques, tous deux reliés par une galerie de verre à une rotonde centrale. C’est là que, loin de la reine Marie-Henriette partie soigner ses chagrins et sa mélancolie à Spa (où elle décédera d’ailleurs en 1902), Léopold II passait volontiers la belle saison en galante compagnie. Cette demeure luxueuse sera détruite pendant la guerre de 1940. Au début du siècle, le neveu du Souverain, le prince Albert donc, pressenti comme héritier présomptif du Trône, ne séjournait pas chez son oncle, mais un peu partout sur la Côte, où avec son épouse la princesse Elisabeth, née de Wittelsbach (duchesse en Bavière), il louait en toute simplicité l’une ou l’autre résidence d’été pour y vivre une vraie vie de famille impossible à Bruxelles. Ce seront les villas “Les Edelweiss ” et “Les Obélias ” à La Panne, mais aussi d’autres demeures louées à Westende, Mariakerke ou au Coq. D’ailleurs, si leurs fils, le prince Léopold (1901) et le prince Charles (1903), sont nés à Bruxelles, la petite dernière, Marie-José (la future reine d’Italie), est née à Ostende à la villa Ostenrrieth. À cette époque beaucoup moins médiatisée, le prince Albert jouissait d’un anonymat total. Ainsi cette anecdote rapportée par un journal en 1903 : un jour, en se rendant à moto à Furnes pour une activité officielle, le prince Albert fait étape à Coxyde dans un café pour boire un verre de bière. Comme il voit des dames en train d’accrocher des guirlandes de fleurs et s’en étonne, la patronne lui explique : « C’est pour le prince Albert qui devrait passer par ici tout à l’heure en allant à Furnes. Moi, je ne vais pas jusque là-bas pour le voir, c’est trop fatigant et, après tout, le prince Albert n’est jamais qu’un homme comme le mien, n’est-ce pas Monsieur ? »

Les trois villas royales

Cette grande histoire d’amour avec le littoral belge, Albert et Elisabeth vont avoir l’occasion de l’approfondir lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale. À l’automne 1914, Albert I er , devenu roi en 1909, doit se replier sur le littoral en même temps que l’armée belge devant l’inexorable avancée des troupes allemandes. Sa résistance pied à pied devant l’ennemi force encore l’admiration des historiens. Voulant rester avec ses troupes, le Roi-Soldat se retranche derrière l’Yser sur la toute dernière portion de territoire restée belge, le reste étant tombé aux mains de l’envahisseur allemand. Pour loger sa famille, son état-major et ses hôtes, Albert I er loue jusqu’à la fin de la guerre trois villas contiguës à La Panne sur le front de mer. Il s’installe personnellement dans la villa Maskens, son état-major prend place dans la villa dénommée Albert I er par la suite (c’est là que dormiront aussi les hôtes du Roi comme le président français Poincarré, les généraux (à l’époque) Foch, Joffre et Clemenceau ainsi que le roi d’Angleterre George V et son fils, le futur Edouard VIII). Le corps de garde occupe la troisième villa. Non loin de là, la reine Elisabeth use de son influence pour ouvrir avec le Dr Depage un hôpital de campagne dans le grand hôtel “L’Océan ” réquisitionné pour l’occasion. L’ambulance de l’Océan sera un exemple de gestion qui inspirera nombre de médecins étrangers. C’est là que fut créé le premier service de radiologie. Marie Curie elle-même y passa quelques jours en 1915. Tous ces bâtiments ont aujourd’hui hélas disparu, dévorés par la folie immobilière de la Côte. Pourtant, chaque habitant de La Panne garde encore en mémoire le rôle historique extraordinaire de la commune…