Le Coq, le rêve vert de Léopold II

La plage du Coq-sur-Mer doit son nom à une légende comme se les racontaient autrefois les vieux loups-de-mer attablés devant une énième chopine dans une taverne borgne. Il y a bien longtemps, par une nuit de forte tempête, un navire fit naufrage non loin de la côte, menaçant d’entraîner son équipage par le fond. Un épais brouillard rend les recherches impossibles. Alors, selon les versions, soit ce sont des pêcheurs partis du rivage à la rescousse des marins en perdition, soit ces derniers même qui s’élancent dans les flots à la recherche de la plage, mais toujours est-il que c’est grâce au chant d’un coq que les uns ou les autres parvinrent à se repérer et que, finalement, tout le monde rentra au port sain et sauf. Bien sûr, pour ajouter une dimension dramatique à l’histoire, ledit coq meurt d’épuisement d’avoir tellement crié pour sauver les braves matelots !

Le premier “resort ” du pays

Si l’endroit a gagné un nom, il n’est encore qu’un simple hameau dépendant de l’entité de Klemskerke, où le roi Léopold II possédait une bonne centaine d’hectares de dunes. Il les donne en concession à une société privée dans le but de créer une nouvelle station balnéaire à l’attention de la bourgeoisie bruxelloise francophone, ce afin de désengorger les stations d’Ostende et de Blankenberge victimes de leur succès. Le roi barbu et visionnaire souhaite faire du Coq une extension verte d’Ostende. Le 22 juillet 1888, la station est inaugurée en grande pompe. Son tout premier hôtel fait le plein d’estivants. Un an plus tard, 50 hectares de dunes sont encore cédés par bail emphytéotique de 90 ans entre l’État belge et une société privée, la Concession, créée par les sieurs Colinet et Passenbronder, pour la construction d’un quartier de villas isolées, entourées de jardins et de routes gazonnées, selon le modèle de l’architecte allemand Josef Stübben – qui fut également conseiller en urbanisme du roi Léopold II – et selon le principe du “resort ”. Ce quartier Belle Époque fait encore la fierté de la station aujourd’hui. On y ajoutera une centaine de villas anglo-normandes voulues par le Roi lui-même et vendues à des particuliers. Malgré tous ces travaux entrepris, le Souverain ne séjourna pas au Coq, et lui préférait le Chalet royal d’Ostende. Son neveu par contre, le prince Albert (futur roi Albert I er) y passe tout un été en 1902 avec son épouse la princesse Élisabeth. Le couple y reviendra à plusieurs reprises. L’impératrice Zita, épouse de l’empereur d’Autriche-Hongrie, Charles I er , choisit également la jolie nouvelle station balnéaire pour y passer des vacances. Des scientifiques, intellectuels et des artistes y goûtent aussi les joies de la plus longue plage du littoral belge, 12 kilomètres. Le plus complet d’entre eux et indéniablement le plus célèbre fut sans doute le génial Albert Einstein qui passa quelques mois au Coq, en 1933. En attendant son exil définitif aux États-Unis, il tenta d’aider des réfugiés juifs allemands menacés par les nazis montant en puissance dans sa première patrie. Le peintre James Ensor se reposa également à plusieurs reprises au Coq, tout comme, plus tôt, Maurice Maeterlinck, prix Nobel de Littérature en 1911, et l’écrivain autrichien Stefan Zweig. Ce dernier y séjourne même jusqu’en juillet 1914, à la veille de la Première Guerre mondiale. Visionnaire, il jette à ses amis dans une rue du Coq : «Vous pouvez me pendre à cette lanterne si les Allemands passent en Belgique. » Le 31 juillet, rentrant en Autriche par train, il croise les premiers convois militaires allemands à la frontière belgo-allemande. L’auteur n’a pas fini pendu, mais s’est tout de même suicidé aux barbituriques en 1942 au Brésil…

Un golf royal

Léopold II a fait d’Ostende la “Reine des Plages ”, mais il sait que s’il veut y attirer une clientèle britannique un peu sélecte, il doit lui offrir plus de loisirs, notamment un terrain de golf digne de ce nom. C’est au Coq, l’extension verte de sa station, qu’il fait implanter le tout premier golf de Belgique, un parcours répondant aux critères des meilleurs terrains d’outre-Manche. Pour les professionnels, le Royal Ostend Golf Club est en quelque sorte notre Saint-Andrews à nous, la Mecque du golf belge. Le tracé de ce dix-huit trous fut dessiné par l’Écossais Seymour Dunn (qui créera aussi le terrain du château de Laeken et celui du Royal Zoute Golf Club). Le terrain et le club-house du Coq seront à chaque fois détruits pendant la Première et la Deuxième Guerres mondiales et reconstruits par la suite. La famille royale belge fréquentera beaucoup les lieux dès les années 50, en particulier le roi Léopold III, mais aussi sa deuxième épouse Lilian. Et bien sûr le roi Baudouin. On le sait peu, mais le cinquième roi des Belges qui était 1 de handicap fut l’un des tout meilleurs joueurs de Belgique, qui aurait pu, s’il n’avait pas eu à régner sur le pays, faire briller nos couleurs sur tous les greens du monde !