Déchéance de nationalité: après la douleur, la honte

L’édito de Joëlle Meskens.

Envoyée permanente à Paris Temps de lecture: 3 min

Au «paradis», aux côtés des 72vierges qui leur avaient sans doute été promises, les terroristes doivent savourer le spectacle. La France qu’ils ont meurtrie lors des attentats de janvier et novembre 2015 n’est pas unie pour les combattre. Le rassemblement national imaginé par François Hollande sous le coup de l’émotion au château de Versailles a viré au fiasco. La faute à qui ? A lui-même d’abord.

Personne ne contestera la gravité de la menace. Ni le caractère exceptionnel du moment qui exige des mesures à la hauteur du défi. Mais à quoi bon cette extension de la déchéance de nationalité ? Fallait-il en arriver là ? La mesure, qui va plus loin que les dispositions prises en Belgique puisqu’elle vise des individus nés Français et qui sont ou non binationaux sera, de l’aveu même de l’exécutif, marginale. Seuls quelques condamnés pour faits de terrorisme pourront éventuellement être concernés et tant pis si, par la même occasion, la France en fera des apatrides. C’est le symbole avant tout qui a été recherché.

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Mais quel symbole! Ce n’est pas une belle image, un mot fort, un geste solidaire face à l’horreur que l’on retiendra. C’est celle d’un pugilat qui a saisi une classe politique obnubilée par les arrière-pensées. Le président Hollande croyait faire un «bon coup» en allant puiser dans le catalogue de l’extrême droite une mesure plébiscitée par l’opinion. Et puisque la droite elle-même la défendait depuis des années, il se croyait certain de piéger une opposition qui serait obligée de l’applaudir. Mais au gré des atermoiements, des revirements, des coups de théâtre (la démission de Christiane Taubira fut le plus spectaculaire), le plan a mal tourné.

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La gauche, saisie d’états d’âme, a renâclé. Alors, pour qu’elle s’exécute, on a remis cent fois le texte sur le métier jusqu’à ce qu’il soit illisible et dise tout et son contraire. A droite aussi, les prétendants à la présidentielle ont saisi l’occasion de se mesurer à leurs adversaires. Nicolas Sarkozy, ayant obtenu des gages de son successeur à l’Elysée (la déchéance ne s’appliquera pas seulement aux crimes mais aussi aux délits), a recommandé à ses troupes de voter le texte. Ses rivaux s’affranchissent de la consigne. François Fillon et Nathalie Kosciusko-Morizet voteront non. Alain Juppé (qui n’est pas député) se contorsionne.

Le FN, lui, ne veut plus de ce qu’il a toujours réclamé. Et chez les écologistes, en convoquant le souvenir de Vichy, Cécile Duflot est aussi dans la posture. Les deux époques ne sont en rien comparables. Mais il lui faut forcer le trait pour émerger des rangs de cette nouvelle gauche qu’elle veut incarner.

On ne joue pas avec les valeurs pour un plat d’ambitions. Le pire, c’est que cette pantomime n’est peut-être pas terminée. On n’ose imaginer ce qui se passerait mercredi si le texte était rejeté. A la douleur des attentats succéderaient la honte et l’humiliation de n’avoir pas pu y faire face.

 

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