Identité numérique:Google-toi si tu l’oses

Noémie est étudiante en économie. Grâce à son identifiant, elle accède à une partie de son programme de cours en e-learning. Elle lit aussi la presse en ligne et y laisse de temps en temps des commentaires, tout comme sur les blogs qu’elle visite régulièrement. À ses heures, elle est aussi youtubeuse et par ailleurs active sur Instagram. Pour ces différentes activités, elle n’utilise pas la même identité numérique. Aucune raison, par exemple, de donner son véritable nom sur les forums de discussion. Le recours à un ou plusieurs pseudonymes permet en effet de protéger son identité civile, tout en étant reconnu au sein d’un groupe de personnes partageant une même activité ou un même centre d’intérêt.
En n’oubliant pas que, même à l’abri derrière un pseudo, un internaute reste responsable de ses actes et de ses propos. « Avant de mettre quoi que ce soit sur Internet, il faut se poser cette question : suis-je d’accord de perdre le contrôle sur ceci ? De même, quand on choisit un pseudo, il faut être sûr de ne pas avoir à en rougir dans dix ans. Et éviter notamment les pseudos à connotation négative. Car plus tard, mon identité numérique pourra toujours être reliée à mon identité réelle. Les études ont montré qu’en utilisant uniquement des bases de données présentes sur Internet, on peut retrouver très facilement l’identité d’un individu », rappelle Jean-Marc Van Gyseghem, directeur de l’Unité « Libertés et société de l’information » du CRIDS (Centre de Recherches Information, Droit et Société) au sein de l’université de Namur. 
 
Tout le monde google tout le monde
Bien sûr, les pseudos ne peuvent pas être utilisés dans tous les contextes. Pour avoir accès à ses cours en ligne, Noémie utilise son identité réelle. Chaque internaute fait de même lorsqu’il s’agit de déposer sa déclaration d’impôts sur le site officiel de l’Etat belge. De même, les réseaux professionnels comme LinkedIn nécessitent d’utiliser sa véritable identité. Car la « googlisation » des individus est devenue centrale dans le monde du travail. Rares sont aujourd’hui les employeurs qui ne font pas une petite recherche online sur le candidat qu’ils s’apprêtent à recevoir...
« La réputation d’une personne se construit au jour le jour par son utilisation d’Internet. Dès qu’on s’identifie en ligne, on construit en quelque sorte son CV », explique Jean-Marc Van Gyseghem. Bien sûr, Google dresse de chacun un portrait biaisé : il se peut que votre nom n’apparaisse que dans le classement d’un marathon ou dans un avis nécrologique que vous avez cosigné... Cela ne signifie pas que vous passez votre vie à courir d’enterrement en enterrement !
Néanmoins – et même si on peut le déplorer –, l’internaute pressé a souvent tendance à prendre ce qu’il trouve comme argent comptant. « L’identité numérique prend parfois le pas sur l’identité réelle. C’est pernicieux car, avant même qu’un individu ne se soit présenté physiquement, son interlocuteur s’est souvent fait une idée de lui », commente Jean-Marc Van Gyseghem. Mieux vaut donc ne pas laisser vagabonder des informations – textes ou images – qui ne collent pas à l’image publique que l’on souhaite donner. 
 
Ni trop ni trop peu
Pour autant, cadenasser totalement l’information peut paraître suspect : lorsqu’Internet ne contient pas une ligne au sujet d’un candidat, un employeur se demandera peut-être s’il a véritablement affaire à un professionnel expérimenté. Être présent en qualité plutôt qu’en quantité, tel est le mot d’ordre des experts du « personal branding ». Enfin, il faut garder à l’esprit que la « googlisation » des individus concerne aujourd’hui tous les domaines de la vie. Votre futur propriétaire ou votre nouvelle conquête pourra par exemple être tenté de fouiller votre identité numérique... 
Pour trouver des informations au sujet d’un individu, il n’est d’ailleurs pas toujours nécessaire de connaître son nom. Les recoupements peuvent se faire par d’autres biais. « De multiples bases de données numériques possèdent notre identité sous quelque forme que ce soit : via l’adresse, le numéro de téléphone, etc. », rappelle Jean-Marc Van Gyseghem. À cet égard, il convient de ne pas divulguer soi-même des renseignements sur autrui, même si on le fait au départ en toute bienveillance. Cette photo de groupe est peut-être très réussie mais tous les figurants ont-ils vraiment envie de se retrouver sur Internet ?
« Ne pas mettre la photo d’un tiers sans lui demander son autorisation : cela fait partie du code de l’Internet. Ce code, nous devrions l’apprendre au même titre que le Code de la route. Or aujourd’hui, alors que nous sommes de plus en plus présents en ligne, il n’existe pas d’éducation à l’Internet dans les écoles », déplore Jean-Marc Van Gyseghem. A chacun donc de faire preuve de tact, tant pour construire sa propre identité numérique que pour protéger celle des autres. 
 

Le petit poucet en ligne

Ne semez pas trop de cailloux en ligne : en toutes circonstances, demandez-vous s’il est vraiment indispensable de laisser telle ou telle information sur le web. De même, gardez à l’esprit que, à côté des informations que vous communiquez délibérément, de multiples données sont calculées à partir de vos faits et gestes sur la toile. Les sites de vente en ligne ont par exemple une excellente mémoire : ils vous accueillent même – trop d’hommages ! – par votre nom. N’oubliez donc pas de paramétrer votre navigateur pour fournir un minimum de données et supprimez régulièrement les cookies. Tout internaute a par ailleurs le droit de connaître et de faire rectifier ce qui est enregistré sur lui. Pour en savoir plus sur la collecte des données, vérifiez les « mentions légales » qui doivent obligatoirement figurer au bas de la page visitée.