25.000 décès en Europe dus à la résistance aux antibiotiques

Malgré les mises en garde contre le mauvais emploi des antibiotiques, dans la santé humaine mais aussi animale, le phénomène ne cesse de s’aggraver : des bactéries chez l’homme, chez l’animal et dans les aliments continuent de manifester une résistance aux antibiotiques les plus couramment utilisés, selon le dernier rapport sur la résistance aux antimicrobiens dans les bactéries zoonotiques en Europe. Ce rapport est publié aujourd’hui jeudi par l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Les scientifiques signalent que la résistance à la ciprofloxacine, un antimicrobien extrêmement important pour le traitement d’infections humaines, se révèle très élevée pour le Campylobacter, réduisant ainsi les possibilités d’un traitement efficace permettant de soigner des infections d’origine alimentaire graves. Des bactéries de Salmonella multirésistantes à plusieurs médicaments continuent également de se propager à travers l’Europe.

Vytenis Andriukaitis, commissaire européen à la santé et à la sécurité alimentaire, estime que « chaque année, dans l’UE, les infections causées par des bactéries résistantes aux antimicrobiens provoquent environ 25.000 décès ; mais la menace ne se limite pas à l’Europe. C’est un problème mondial qui nécessite une solution à l’échelle mondiale. »

Le rapport note également des signes de résistance à l’antibiotique colistine dans des bactéries de Salmonella et d’E. coli chez les volailles dans l’Union européenne. Mike Catchpole, scientifique en chef à l’ECDC, déclare que « cette situation est préoccupante parce que cela signifie que ce médicament de dernier recours pourrait bientôt se révéler inefficace pour traiter des infections humaines graves à Salmonella. ».

Les résultats

Quels sont les principaux résultats en détail ? La campylobactériose est la maladie causée par la bactérie Campylobacter, est la maladie d’origine alimentaire la plus fréquemment signalée dans l’UE. Une résistance à des antimicrobiens largement utilisés, tels que la ciprofloxacine, a été communément détectée dans des bactéries de Campylobacter chez l’homme et dans les volailles. Une résistance élevée à très élevée à la ciprofloxacine a été observée chez les poulets de chair (69,8 %), ainsi que dans des bactéries issues de l’homme (60,2 %). Une résistance élevée à très élevée à l’acide nalidixique et aux tétracyclines a été signalée dans les poulets de chair. Quant à la salmonellose, deuxième maladie d’origine alimentaire la plus fréquemment signalée, une résistance à des antimicrobiens largement utilisés a été communément détectée dans des bactéries de Salmonella chez l’homme (tetracyclines 30 %, sulphonamides 28.2 %, ampicilline 28.2 %) et dans les volailles.

La prévalence d’une multirésistance (résistance à plusieurs médicaments) se révèle élevée dans des bactéries humaines (26 %), et particulièrement élevée dans la viande de poulet et de dinde (24,8 % et 30,5 % respectivement). Certains types de bactéries de Salmonella, à savoir Salmonella Kentucky et Salmonella Infantis, sont particulièrement préoccupants car elles manifestent un niveau élevé de résistance à la ciprofloxacine ainsi qu’une multirésistance élevée à plusieurs médicaments.

Les résultats de ce dernier rapport annuel à l’échelle européenne soulignent une nouvelle fois que la résistance aux antimicrobiens constitue un risque grave pour la santé humaine et animale. Ce risque a été identifié par la Commission européenne comme une priorité majeure dans son programme politique en matière de sécurité alimentaire.