Alain Hutchinson: «Remettre de la vie dans le quartier européen»

Voici un an, Alain Hutchinson (PS) devenait le premier commissaire du gouvernement bruxellois chargé des relations entre la Région et les institutions européennes. Le parlement bruxellois a également mis sur pied une commission spéciale pour traiter des affaires européennes.

Comment expliquez-vous qu’il ait fallu attendre 2014 pour que soit créé ce poste de liaison entre les institutions régionales et l’Europe ?

Pendant des années, l’Union européenne ne voulait pas parler avec les Régions mais uniquement avec les Etats. Il fallait donc que le fédéral crée ce poste de commissaire. Et puis, avec la 6e réforme de l’Etat, Bruxelles a pris plus d’importance et l’Union a compris qu’il fallait instaurer un dialogue plus récurrent. En plus, pendant longtemps, les élus bruxellois ne s’intéressaient pas trop aux Eurocrates vu qu’ils ne votaient pas. Il ne faut pas oublier que la construction du quartier européen s’est faite de manière brutale avec de nombreuses expropriations. Cela reste dans la mémoire collective.

En quoi consiste votre fonction ?

Nous sommes aujourd’hui une équipe de 8 personnes. Nous avons un bureau pour renseigner les expatriés qui arrivent à Bruxelles. Une de nos antennes se situe d’ailleurs au cœur du Parlement européen. Nous renseignons environ 2.000 personnes par an sur les démarches qu’elles doivent effectuer lors de leur installation. En même temps, nous faisons le lien avec les institutions qui nous posent beaucoup de questions sur les domaines urbanistiques, l’aménagement du territoire, la sécurité et la mobilité. Ce sont donc principalement les compétences de la Région bruxelloise. Et je représente aussi la Région bruxelloise au sein du Comité des Régions. Mon rôle est aussi qu’il y ait une meilleure cohabitation entre la Région et les institutions.

Comment faire pour que l’Union européenne se fonde dans la capitale ?

Cela passe notamment par la construction de logements au sein du quartier européen. On doit remettre de la vie en dehors des heures de bureau. On retrouve d’ailleurs cette philosophie dans le Projet urbain Loi. Prochainement, la commission va réaménager l’îlot 130 (le tronçon de la rue de la Loi entre la chaussée d’Etterbeek et la rue de Spa). L’emprise au sol sera moins importante avec la création d’espaces publics pour mettre un peu de vie dans cette artère. Le Parlement européen a également pris les devants en termes d’ouverture. Le Parlementarium est devenu une des principales attractions. En novembre, nous aurons aussi l’ouverture de la Maison de l’Europe dans le parc Léopold. Et puis l’esplanade du Parlement européen va aussi proposer une exposition permanente d’art contemporain, un espace pour des manifestations comme un marché bio qui va s’ouvrir tous les mardis dès avril.

Mais les institutions demandent aussi de nouveaux espaces de bureaux.

Effectivement. Elles devront d’ailleurs nous présenter leurs demandes lors d’une réunion avec le gouvernement bruxellois fin mars. Ces rencontres ont lieu deux fois par an et elles permettent de débloquer de gros dossiers. A présent, tout le monde veut en être. Ici, nous attendons de voir leurs projets pour les 10 ans à venir ce qui nous permettra de réagir. Nous n’accepterons pas tout évidemment. Cela sera une discussion mais la nouvelle commissaire a une vraie vision de la ville, ce qui permet une meilleure entente. Bien sûr, nous devons être prudents par rapport à la spéculation immobilière mais l’Europe sera de plus en plus propriétaire de leurs bâtiments. Et puis, il y a encore le parlement qui va bouger puisque les bureaux au-dessus du parlement vont être transformés en centre de conférences. Il voudrait racheter un bâtiment au bout de la dalle qui appartient aux allocations familiales. C’est également notre rôle de faciliter ces dossiers.