Nymphoplastie: à la quête du sexe parfait

La chirurgie esthétique propose depuis une dizaine d’années une opération surprenante qui vise à réduire la taille des petites lèvres : la nymphoplastie. Si cette pratique n’est pas encore connue de tous, elle est pourtant en constante augmentation. Selon l’INAMI, le nombre de réductions des petites lèvres a augmenté de 70 % en sept ans.

En 2014, 321 nymphoplasties ont été réalisées en Belgique. Ces données sont d’ailleurs bien plus importantes en réalité car elles ne reprennent que les opérations à but réparateur (par exemple, en cas d’hypertrophie des lèvres) et donc remboursées par la mutuelle.

Qui sont-elles ?

Ce sont des femmes souvent âgées entre 20 et 40 ans qui décident de donner une nouvelle apparence à leurs parties intimes. Il arrive que certaines filles soient mineures au moment de l’opération, dans ce cas, elles doivent demander l’accord signé d’un de leurs tuteurs.

Certaines ont recours à la nymphoplastie pour des raisons fonctionnelles (déformation des lèvres suite à l’accouchement, gênes durant une activité sportive…), d’autres dans un but purement esthétique pour se débarrasser d’un complexe.

Marie, opérée à 17 ans raconte : « On avait beau me montrer n’importe quelle image avec des femmes telles qu’elles sont réellement, je trouvais ça dégoûtant et j’avais décidé de ne pas avoir ça sur mon corps ».

D’où viennent leurs complexes ?

Certaines tendances comme l’épilation intégrale apportent aux femmes un autre regard sur leur propre sexe. « L’épilation intégrale accroît la visibilité des lèvres et peut donc encourager des femmes à recourir à la chirurgie », explique Serge Dehouwer, psychologue et sexologue.

La mode qui incite les femmes à porter des vêtements de plus en plus moulants et transparents montre également que « l’ensemble doit être parfait ou correspondre à une certaine image de ce qui est parfait », raconte Chris Paulis, anthropologue et sexologue à l’Université de Liège.

Bien évidemment, les femmes comparent rarement leurs parties intimes entre elles, cette image du sexe parfait qu’elles ont en tête est souvent véhiculée par la pornographie.

Selon Clarence Edgard-Rosa, journaliste française spécialisée dans les questions de société liées aux femmes, la pornographie n’est pas responsable de tous les maux mais le porno « mainstream » a tendance à montrer des anatomies féminines qui ne correspondent pas à la réalité. « Si c’est tout ce que l’on voit, on peut effectivement se dire qu’il y a quelque chose qui cloche chez soi », rapporte-t-elle.

Chris Paulis parle quant à elle d’une véritable emprise d’un modèle nord-occidental qui se base sur la Barbie ou le « non-sexe », un modèle artificiel complètement plat et lisse mais surtout jeune. « On demande aux gens d’avoir un aspect « jeune » le plus longtemps possible parce qu’on associe la jeunesse à la productivité. Cela déteint sur tout le corps, y compris l’intime ».

Une chirurgie à risques

À leur première consultation, les patientes ont déjà eu leur cheminement psychologique. « Dans 90 % des cas, ces femmes vont donner suite après une discussion avec moi », explique le docteur Benadiba, chirurgien esthétique à Paris.

Pourtant, il ne s’agit pas d’une opération sans risques. Il faut compter 3 semaines à 1 mois de cicatrisation et dans 10 % des cas cela peut être très douloureux. La complication majeure selon Laurent Benadiba c’est que les fils cassent trop tôt. Dans ce cas, il faut alors attendre 2 à 3 mois pour pouvoir réparer.

Julie, opérée il y a deux ans d’une nymphoplastie raconte les complications de son opération. « Deux jours après l’opération, je ne pouvais plus faire pipi, je me suis même évanouie aux toilettes à cause de la douleur et le lendemain, je ne savais plus marcher. En fait, j’avais des germes dans la vessie suite à une infection ».

Si la douleur est supportable, à moins d'attraper une infection comme Julie, cette opération ne reste pourtant pas anodine. En effet, la nymphoplastie s’attaque à une zone d’une grande innervation, si celle-ci est ratée, elle peut amener à une perte de sensibilité et de plaisir chez la femme.

Un business florissant

Aujourd’hui, il n’existe pas de critères précis qui permettent de qualifier une nymphoplastie de réparatrice ou esthétique. « Dans certains articles, on parle de 3-4 cm mais mon travail, ce n’est pas de dire : trois centimètres j’opère, un centimètre je ne fais rien… J’essaie de voir avec ma patiente quelle est vraiment la gêne », précise le docteur Benadiba.

Ces critères inexistants permettent à certains chirurgiens de faire passer une chirurgie esthétique pour une opération réparatrice afin que celle-ci soit remboursée mais aussi, pour en faciliter l’accès.

D’autres encore n’hésitent pas à se servir des complexes féminins pour développer un véritable business. Ceux-ci proposent alors aux femmes de réduire la taille de leurs petites lèvres pour plusieurs milliers d’euros.

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