Saint-Josse: «Ces affiches stigmatisent les prostituées»

Des affiches pour annoncer la fermeture des carrées de Saint-Josse comme celle d’un café, cela semble logique. Par contre, que ces affiches placardées sur les vitrines indiquent le nom, l’origine et le statut administratif de l’occupante, cela ne passe pas aux yeux du conseiller communal de l’opposition, Ahmed Mouhssin (Ecolo). Il a déposé trois plaintes contre cette pratique.

Depuis quatre mois, le bourgmestre de Saint-Josse, Emir Kir (PS), applique à la lettre le règlement d’urbanisme et de police voté en 2011 dans sa commune et à Schaerbeek. Une quarantaine de sanctions ont ainsi été prises contre les carrées qui n’étaient pas en ordre. Les certificats de conformité ont été retirés à certaines prostituées qui soit n’étaient pas en ordre de séjour, soit sous-louaient leur emplacement, ce qui n’est pas autorisé dans le règlement.

« Il est logique d’appliquer la loi, explique Ahmed Mouhssin. Par contre, je ne comprends pas pourquoi sur une affiche, on indique le nom, l’origine et si la personne dispose de papiers en ordre ou non. C’est très stigmatisant. Pourquoi devons-nous savoir si la personne est d’origine hongroise ou africaine ? »

Le conseiller a donc déposé une plainte au Centre pour l’égalité des chances, une autre à la Ligue des droits de l’homme et une dernière auprès de la Commission de la vie privée. Entre-temps, toutes les affiches ont été arrachées, soit par les femmes, soit par les propriétaires des carrées. « Ce sont des méthodes de cow-boy que nous ne pouvons tolérer. Ces femmes sont déjà en grande précarité et cela ne fait que renforcer cette situation. De plus, on ne sait toujours pas si la commune peut prendre l’initiative de fermer une carrée ou si cela doit passer par le Parquet. C’est un débat de juriste qui doit encore avoir lieu. »

Fermeture après 23 heures

A partir du 1er mars, un nouveau règlement sera mis en place. Celui-ci prévoit notamment l’obligation d’heures d’ouverture. Les carrées ne pourront plus fonctionner ni après 23 h ni le dimanche. Du coup, les structures comme Espace P craignent un report de la prostitution de vitrine dans la rue ou dans des bars, ce qui rendra le contrôle social plus difficile. Les prostituées ont d’ailleurs introduit un recours devant le Conseil d’Etat.

Les propriétaires des carrées ont effectué la même démarche à cause du changement du montant de la taxe perçue par la commune, qui passera de 950 euros annuels à 3.000 euros.

« Les propriétaires craignent une spéculation immobilière sur le quartier Nord, complète Ahmed Mouhssin. La commune a la possibilité d’établir une zone de préemption. Nous la demandons depuis longtemps. Ainsi, Saint-Josse pourrait développer des projets publics mais le bourgmestre n’a jamais rien fait. C’est la même chose pour la mobilité. Il se plaint que la prostitution engendre du trafic. Pourquoi ne remet-il pas la rue Linné dans l’autre sens ? Cela éviterait que les automobilistes effectuent un circuit en forme de 8. Une chose est certaine en tout cas, Emir Kir n’agit pas dans l’intérêt des prostituées. »

Plusieurs questions seront posées à ce sujet lors du conseil communal de la fin du mois de février, mais rien ne semble indiquer une volonté de marche arrière de la part de la commune.