Évacuation de la jungle de Calais : la cacher ne servira à rien

La partie sud de Calais, où sont réfugiés entre 800 et 1.000 migrants doit être démantelée. L’édito de Béatrice Delvaux

Editorialiste en chef Temps de lecture: 3 min

Evidemment que la jungle de Calais ne peut survivre en l’état. Evidemment qu’il faut prendre des décisions pour empêcher l’existence en l’état de ces lieux aux conditions de vie inhumaines pour ceux qui les habitent, et sources de craintes multiples pour ceux qui en sont les voisins.

Mais solution ne veut pas dire exercice d’illusion(niste) qui reviendrait « simplement » à cacher cette jungle que nous ne saurions voir. Histoire de rendre les « choses » plus gérables ou plus correctes en apparence, alors que sur le fond, on n’a rien pu ou su résoudre ou améliorer.

Il ne s’agit pas ici de juste mettre « la poussière sous le tapis », de cacher les « misères » pour permettre à la vie de reprendre son cours et aux indignations, dans les deux « camps », de se calmer. En clair, ce n’est pas en déplaçant ou en mettant « ailleurs » les réfugiés qui se sont agglutinés sur cette côte française – que d’autres continuent par ailleurs à rallier dans leur désir absolu de Grande- Bretagne – qu’on va résoudre le problème.

Ce n’est pas non plus en regardant s’embourber cet autre pays que le nôtre, aux prises avec ces installations inextricables – insupportables on le répète pour ceux qui les habitent comme pour ceux qui les côtoient –, qu’on va régler le problème causé par ces flux de gens, que les pays européens ne peuvent se contenter de dévier de l’un vers l’autre.

La Belgique est inquiète du démantèlement de Calais? A raison. Mais à quoi a servi alors cette rencontre entre les Premiers ministres français et belge ? Comment aujourd’hui en est-on à projeter ces craintes de contagion, alors qu’il aurait été idéal que les deux autorités, française et belge, accompagnées d’un « expert » de l’Europe, organisent cette transformation ou ce déménagement de Calais sans chaos, dans une action planifiée, encadrée et dès lors communiquée à une population, rassurée dès lors qu’elle voit que ce n’est pas facile, mais que c’est balisé.

On ne peut laisser les Français seuls face à Calais. Et cela vaut pour tout autre point de chute européen, où l’on voit bien qu’un mur ne fait pas le printemps, mais attise la haine, le rejet et la diabolisation. Le mur est vu comme un répit, mais c’est un leurre. Seule la coopération entre les dirigeants européens dans la prise de décision et la fermeté dans l’application des solutions permettront de rendre ce passage supportable pour tous, réfugiés et pays d’accueil.

Cela demande un vrai travail, cela exige des dirigeants qu’ils renoncent et jugulent les discours populistes, et qu’ensemble, ils défendent les mécanismes qui font appel à la raison et pas à l’instinct. La problématique est très difficile, mais il faut tout faire pour « retirer la haine de la tête des gens », cette haine qu’on a vue à Dresde ce week-end, et qui rappelait soudain ces autres foules qui, jadis, ont cousu des étoiles jaunes.

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