Le Festival d’Angoulême menacé

S auvons le festival d’Angoulême ! C’est le cri poussé par 41 éditeurs de bande dessinée du Syndicat national de l’édition (SNE) et du Syndicat des éditeurs alternatifs (SEA). Ils clament haut et fort qu’ils ne participeront pas au Festival d’Angoulême en 2017, « si une refonte radicale n’est pas mise en œuvre dans les meilleurs délais ». Les plus grands labels de la bande dessinée européenne ont signé un communiqué commun adressé à la ministre française de la Culture : Casterman, Dargaud, Delcourt, Denoël, Fluide Glacial, Futuropolis, Gallimard, Glénat, Jungle, Le Lombard, Panini, Rue de Sèvres, Sarbacane, Soleil, Urban, Vents d’ouest. Les petits éditeurs sont sur la même ligne. L’Association, Çà et Là, La Cafetière, La 5ème Couche, Cornélius, 2014, Frémok, L’Employé du Moi, Le Lézard Noir, Les Requins Marteaux, Les Rêveurs, Misma, Vide Cocagne ou encore The Hoochie Coochie… estiment que «  le Festival doit être repensé en profondeur, dans sa structure, sa gouvernance, sa stratégie, son projet et ses ambitions » .

De multiples couacs

Tous ensemble, ils demandent la nomination d’un médiateur par le gouvernement. Les raisons de ce coup de sang inédit sont connues. Fin janvier, la dernière édition du Festival a multiplié les couacs. Les organisateurs s’étaient d’abord distingués par leur sexisme, en ne glissant pas la moindre femme parmi les nominés au Grand Prix. Ils s’en étaient excusés maladroitement, fâchant ainsi bon nombre d’auteurs.

Le festival s’est ensuite empêtré dans les modifications successives des règles d’éligibilité. L’édition 2016 a pâti de ces gaffes en gros avec une baisse de la fréquentation de 10 %. La cérémonie de remise des prix des fauves, les albums de l’année, a encore fait monter la colère d’un cran. Les éditeurs ont très modérément apprécié les faux prix décernés par un animateur borderline. L’humour au troisième degré sur les auteurs allemands et japonais a provoqué la consternation. Le Grand Prix belge, Hermann, n’a même pas été cité ni appelé sur scène.

En dépit des excuses des organisateurs, les éditeurs en appellent aujourd’hui à un changement de cap. Sans leur contribution financière, leFestival d’Angoulême n’est pas viable. Ils réclament en échange davantage de respect et de considération, pour eux comme pour leurs auteurs. Ils affirment en chœur qu’il est impossible de laisser plus longtemps le Festival « dégrader et entacher l’image du 9e Art tant en France qu’à l’étranger  ».

« Ras-le-bol »

Guy Delcourt, le président du groupe Delcourt et de la section bande dessinée du SNE, a déclaré dans Livres Hebdo , que les éditeurs en ont «  ras-le-bol  ». «  C’est comme si Angoulême nous avait fait une sorte de best of de tout ce qui n’allait pas ! , a-t-il ajouté. Il y a un clair manque de vision et de stratégie. Les éditeurs ne veulent pas s’approprier le salon, mais qu’un médiateur entende et réunisse tous les partenaires.  »

Du côté du SEA, Jean-Louis Gauthey parle la même langue : «  Notre but est d’en finir avec les problèmes d’organisation et les polémiques qui, quand elles ne sont pas initiées par les élus locaux, sont provoquées par les organisateurs eux-mêmes. I l faut passer par une phase de médiation pour faire évoluer les choses . »