Attentats de Paris: les charges contre Jawad allégées grâce à une prostituée belge

Jawad Bendaoud, le marchand de sommeil de Saint-Denis, qui a logé certains terroristes du 13 novembre verrait-il les charges peser contre lui s’alléger ? C’est probable. Et c’est l’itinéraire d’une call-girl belge qui confirme pour partie sa ligne de défense.

Explications en trois points.

1. Les enquêteurs sur une fausse piste

Le journal Le Parisien explique ce mardi que les enquêteurs étaient sur une fausse piste. Deux GSM, l’un belge et l’autre français ont suivi à la trace tous les événements du 13 novembre. Au point de faire penser aux limiers du parquet antiterroriste à un « commando bis ». Jugez plutôt :

► À 21h10, le téléphone français appelle le téléphone belge à proximité du Stade de France. Nous sommes 10 minutes avant que le premier kamikaze ne se fasse exploser.

► Vers 21h30, les deux GSM « bornent » dans le 11e arrondissement de la capitale : c’est à ce moment-là que le commando des terrasses lâche ses premières balles. « À 21 h 40, lorsque le dernier kamikaze meurt le dos arraché par son gilet explosif, au Comptoir Voltaire, le duo se trouve à moins de trois minutes à pied », précise Le Parisien.

► Peu après 22 heures, les deux téléphones se trouvent dans le 18e arrondissement, à un kilomètre de là où Salah Abdeslam a abandonné la Clio.

Une coïncidence plus que troublante… Mais juste une coïncidence : les deux téléphones appartenaient à une call-girl belge, Mademoiselle C., et son amant parisien, en goguette dans la cité de l’amour.

Fin de la piste du « commando bis ».

2. Le téléphone suspect en lien avec… Mademoiselle C.

C’est là que Jawad Bendaoud entre en scène. Était-il simple logeur des terroristes, comme il le clame, où l’un des complices des attaques qui ont ensanglanté la France ? Cette seconde hypothèse se dégonfle un peu.

L’un des éléments à charge contre celui que le Web a renommé « Le logeur de Daesh » était un coup de fil, qu’il a reçu le 3 novembre en provenance de Belgique, dix jours avant les attentats.

Ce numéro belge a également été en contact avec… le téléphone de la prostituée, Mademoiselle C. D’où des soupçons supplémentaires à l’encontre de Jawad Bendaoud : les policiers, soupçonnant une « équipe bis », ont pu penser que M. Bendaoud avait des liens avec la préparation des attentats.

« Jusqu’à présent, le jeune marchand de sommeil ne parvenait pas à fournir d’explication sur ce coup de fil depuis la Belgique. ‘Il s’est énervé quand il a été interrogé sur ce point’ », reconnaît auprès de L’Expressune source proche de l’enquête.

Ce coup de fil suspect a perdu toute son importance. Une bonne nouvelle pour la défense de Jawad Bendaoud.

3. Les charges qui pèsent sur Jawad Bendaoud restent lourdes

Il ne faut pas en déduire que Jawad Bendaoud est tiré d’affaire.

Si la complicité dans la préparation des attentats semble écartée, celui qui a logé notamment Abdelhamid Abaaoud dans l’appartement de Saint-Denis pourrait être poursuivi pour recel de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste.

D’ailleurs, la téléphonie du suspect a livré de nombreux enseignements. Et un SMS du « logeur de Daesh », révélé par Le Monde, laisse entendre qu’il savait que ses hôtes pouvaient être liés aux attentats du 13 novembre : « Tous les mecs de ma rue, hier, ils rigolaient, ils m’ont dit t’es un OUF, tu ramènes des mecs de Belgique, deux frères MUS. (…) Sur le coran de La Mecque c’est des terroristes, nous on rigolait, bah on s’en bat les couilles, moi je les héberge. (…) Les mecs ils viennent de Belgique, ils me demandent de quel côté on fait la prière, ils me disent on est fatigué, on veut dormir, on a passé trois jours de fils de pute, 150 euros pour trois jours, pourquoi ils ont pas été à l’hôtel ? (…) Vazy même moi j’ai trouvé ça suspect les mecs… »

C’est l’un des éléments du dossier qui ne plaident pas la cause de Jawad Bendaoud. Lui qui disait, dans une lettre au juge d’instruction, refuser de devenir un « bouquet missaire » (sic.) de ce dossier, va devoir encore bétonner sa défense.