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De tous les peuples de Belgique, les Bruxellois sont les plus pauvres

Le revenu moyen à Bruxelles est inférieur de 21 % à la moyenne nationale. Mais les statistiques fiscales doivent être fortement nuancées.

Temps de lecture: 3 min

En 2013, le revenu moyen par habitant s’élevait à 13.525 euros par habitant, soit 21 % en dessous de la moyenne nationale. Plus inquiétant encore, ce revenu moyen annuel a augmenté moins vite depuis 2005 que dans les Régions voisines, puisque cette croissance sur neuf ans a été de 18 %, contre 25 % pour la moyenne nationale. Ces chiffres sont-ils des indicateurs suffisants pour évaluer le niveau de vie des Bruxellois ? Ils doivent en tout cas être analysés avec prudence, avertit le statisticien Pierre-Philippe Treutens dans une publication de l’Institut bruxellois de statistique et d’analyse (Ibsa) diffusée mardi.

C’est que de nombreuses précisions doivent être apportées pour interpréter les données fournies par l’administration fiscale. A Bruxelles, ainsi, 40 % du revenu disponible établi dans les comptes régionaux sont mal pris en compte ou ne sont pas du tout comptabilisés dans les statistiques fiscales. Il y a les revenus exonérés d’impôts, comme le revenu d’intégration sociale octroyé par les CPAS, les allocations familiales ou pour personnes handicapées, les revenus des personnes employées dans les organisations internationales, exonérées d’impôt national, les revenus sous-estimés (revenus de capitaux, revenus locatifs sur la base d’un revenu cadastral « fortement sous-estimé par rapport aux loyers réellement perçus », le travail au noir, les dépenses déductibles tels les rentes alimentaires ou le remboursement d’emprunts hypothécaires)… Bref, sachant que le revenu d’intégration sociale est plus répandu à Bruxelles que dans les autres Régions, sachant également que la majorité du personnel des institutions internationales vit à Bruxelles, la réalité du niveau de vie des Bruxellois ne correspond pas exactement aux statistiques fiscales.

Le profil du ménage fiscal mérite lui aussi d’être pris en compte. Ce ménage ne correspond pas nécessairement à un ménage au sens commun : par exemple, un couple non marié qui vit sous le même toit est considéré comme deux ménages fiscaux, et il n’est pas tenu compte des économies d’échelle réalisées par ces deux personnes (partage du loyer et des charges communes) : dix ménages d’une seule personne ou deux ménages de cinq personnes présentant le même revenu moyen auront un niveau de vie très différent, souligne l’étude.

Il faut encore tenir compte des personnes qui ne déclarent pas leurs revenus (les diplomates et les personnes en séjour irrégulier en Belgique, également plus nombreux à Bruxelles qu’ailleurs – certaines estimations, non citées dans l’étude, estimant ces dernières à quelque 100.000 personnes dans les 19 communes…)

Bref, conclut l’auteur, si la statistique fiscale permet d’étudier les revenus des ménages à des niveaux géographiques très fins (voir le site web « monitoring des quartiers »), il y a lieu de tenir compte des lacunes qu’elle présente. Aux décideurs politiques de jouer.

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