«Stop aux contre-vérités sur le passif!»

Le débat est récurrent. Et revient même d’année en année à l’approche de Batibouw. Sauf que les critiques deviennent aujourd’hui de plus en plus prononcées. Le passif est-il la panacée lorsque l’on souhaite construire sa maison ? Et est-il vraiment intéressant d’investir autant pour améliorer la performance énergétique de son bâtiment par rapport à un logement basse énergie ? Des questions qui divisent plus que jamais.

« Le passif n’est plus l’optimum économique vu les prix actuels de l’énergie », fait remarquer Jean-Pierre Liebaert, de la Confédération Construction. Le président de l’Union wallonne des architectes, Robert Treselj, ajoute : « Le budget à mettre sur la table pour passer d’une maison basse énergie à une maison passive est conséquent et ne justifie pas la hausse de la performance énergétique. Mais il faut néanmoins se réjouir de la prise de conscience actuelle en faveur d’une meilleure qualité énergétique des bâtiments. »

La Belgique est poussée dans le dos par l’Europe, qui oblige à passer au « zéro énergie » à partir de 2020. Bruxelles a déjà embrayé le pas puisque toutes les nouvelles constructions doivent répondre aux standards quasi passifs (consommation d’énergie quasi nulle) depuis le 1er janvier 2015. La Wallonie devrait suivre d’ici 2021. Elle resserrera déjà les boulons dès 2017.

Bref, le passif ne fait donc toujours pas recette. Mais à la Plateforme Maison passive (PMP), on ne baisse pas les bras. « Je suis parfois ébahie par les contre-vérités qui circulent au sujet du passif, explique Esther Jakober, directrice stratégie et communication. La communication sur le sujet est partie dans tous les sens. Il y a beaucoup de récalcitrants chez les promoteurs et les architectes car cela demande davantage d’exigences. Mais il est temps de franchir le pas. »

Les principaux griefs sont liés aux coûts. Certains avancent un surcoût de 30 à 40 %. La PMP parle de 10 %. Et l’investissement est rentable en dix ans. Autre élément non négligeable : l’économie sur le chauffage s’élève à 85 %. « Une isolation est faite pour 50 ans, poursuit Esther Jakober. C’est un coût structurel. Ce n’est pas comme une cuisine que l’on peut changer après dix ans en fonction de ses goûts. »

Bruxelles est passée à la PEB 2015 depuis le 1er janvier. Un procédé moins contraignant que le passif, mais qui est déjà intéressant. Toutes les nouvelles demandes de permis ont dû intégrer le seuil de maximum 15 kWh/m2 de besoin annuel en énergie pour le chauffage. Plusieurs centaines de milliers de mètres carrés ont déjà été construits selon ces exigences ces dernières années. Principalement des bureaux, des bâtiments publics et des logements publics. La Wallonie est en retard sur le sujet, la faute à certains lobbys de la construction. Mais la situation est en train de s’améliorer.

Reste que le débat perdure entre le passif et le basse énergie. Même s’il faut préciser que la majeure partie des nouvelles constructions en Wallonie ne respecte pas ces deux critères. « Je pense que ce débat se justifie en matière de rénovation, note Esther Jakober. Il est très compliqué pour une maison du XIXe siècle d’atteindre le passif. Par contre, dans le cadre du neuf, je ne vois pas ce que cela change d’ajouter quelques centimètres d’isolant. La différence de coût est ridicule. Les promoteurs ont une certaine réticence, mais beaucoup commencent à construire aujourd’hui en basse énergie, car cela correspond aux critères de vente actuels. Espérons que ça dure… »