Cachez ce sexisme que je ne saurais voir?

Aurélie Green (nom d’emprunt) a 35 ans. Son rêve professionnel : ingénieure ! Sous la pression de son entourage et convaincue qu’elle n’y arriverait pas, elle opte pour la psychologie. Les enfants ? Elle n’y pense pas encore, même si on lui dit de plus en plus souvent que « l’horloge tourne ». Elle aime les « films de fille » et est aux petits soins pour son homme, qui a un métier tellement plus important. Aurélie Green, un condensé de clichés ? En 2016, l’égalité entre hommes et femmes est pourtant encore bien loin d’être acquise. Si c’était le cas, nous ne célébrerions probablement plus la Journée internationale des droits des femmes.

Ce 8 mars, nous voulons attirer l’attention sur un phénomène un peu diffus, pas extrêmement choquant et souvent inconscient, mais qui pourtant continue de façonner nos modes de pensées et nos comportements. Ce sexisme « ordinaire », presque « normal », est en effet présent dans beaucoup d’étapes de nos vies. Conséquence ? Hommes et femmes, nous intégrons des modèles acquis dès le plus jeune âge, et passons peut-être à côté des rêves de notre vie sans même nous en rendre compte… Le combat pour l’égalité des sexes et les droits des femmes passe aussi par un changement des mentalités. Cette lutte n’oppose pas les femmes aux hommes. Nous devons nous dresser contre un système, contre des réflexes qui, insidieusement, alimentent les inégalités.

Des petits pas pour évoluer vers l’égalité

Les clichés sexistes s’ancrent dans les esprits dès le plus jeune âge. Une étude sur nos manuels scolaires de français montre que 87 % des personnages célèbres représentés et 81 % des personnes qui travaillent sont des hommes ; que 70 % des personnages accompagnés d’enfants sont des femmes… Inconsciemment, les enfants intègrent ces stéréotypes, qui les accompagnent ensuite dans la construction de leur personnalité, de leurs rapports sociaux, mais aussi dans leurs choix de carrière (1). En 2016, chacun(e) devrait pouvoir opter pour les études et le métier qui lui plaît. Or, une fille qui se dirige vers une filière technique ou scientifique fera très souvent face à des « blagues innocentes » sur sa capacité d’y réussir. Les hommes ne sont pas toujours mieux lotis : il suffit d’observer les réactions face aux hommes qui exercent des métiers dits de femmes (infirmier, puériculteur, secrétaire…). C’est pour lutter contre ces stéréotypes dévastateurs encore présents dans les manuels scolaires qu’Ecolo a déposé un décret visant à introduire, de manière explicite, une référence à la lutte contre les discriminations entre les femmes et les hommes, et à la promotion de l’égalité des sexes parmi les critères d’agrément des manuels scolaires. C’est en changeant peu à peu les représentations que les mentalités pourront évoluer.

Dans le monde du travail, outre les différences de salaire qui subsistent à postes équivalents, les femmes sont souvent confrontées à un « plafond de verre », c’est-à-dire un niveau à partir duquel elles ne parviennent plus à accéder à des fonctions supérieures, notamment dirigeantes. C’est le cas dans les entreprises, mais aussi dans les universités. En effet, si la population féminine est bien représentée dans les études supérieures, les responsabilités académiques restent essentiellement masculines. La résolution rédigée par Ecolo pour lutter contre le plafond de verre à l’université a été adoptée. Ce texte va notamment permettre, à terme, de garantir une représentation équilibrée dans les instances dirigeantes des universités, et de lutter contre les stéréotypes touchant certaines filières.

En Belgique, la discrimination au travail la plus prégnante reste liée à la maternité, souvent opposée à la carrière. Même si les choses évoluent légèrement, de nombreux employeurs hésitent encore à engager une femme en âge d’avoir des enfants ou à confier davantage de responsabilités aux femmes qui « risquent de devoir s’occuper » des enfants. Les femmes elles-mêmes revoient souvent leurs ambitions à la baisse, tandis qu’il est communément admis que les hommes privilégient leur carrière. Clichés ? Pas tant que ça. Par exemple, seuls 34,4 % des entrepreneurs sont des femmes. 26 % d’entre elles le sont à titre complémentaire, contre 21 % des hommes. Déséquilibré, on vous dit. Pour pallier à cela, Ecolo entend faciliter l’accès à l’entrepreneuriat féminin via une série de mesures concrètes qui permettront de ne plus devoir choisir entre famille et travail : par exemple, autoriser l’indépendant(e) à assurer un suivi minimum de son activité pendant son congé de maternité (actuellement interdit) et exonérer les jeunes parents des cotisations sociales pendant leur congé de maternité/paternité.

Ces quelques constats nous interpellent au quotidien. Ce 8 mars 2016, décidons de nous observer nous-mêmes et de changer nos comportements « réflexes ». Et parce qu’il est possible de faire bouger les choses avec humour, nous avons donné virtuellement vie à Aurélie Green, dont vous pouvez suivre les tribulations face au sexisme ordinaire sur Facebook via http://bit.ly/AurelieGreen

[1] Manuels scolaires et stéréotypes sexués : éclairage sur la situation en 2012 – Etude exploratoire, Hors-série CEMEAction, CEMEA-EP, décembre 2012.