Les émotions vues au ralenti extrême

Terry Fox et Bill Viola auraient sans doute apprécié. Ces deux figures de la scène artistique californienne ont été parmi les premiers à utiliser la vidéo comme outil d’expérimentation dans les années septante. Leurs œuvres sont actuellement exposées au musée des Beaux-Arts de Mons (BAM) qui accueille pour l’occasion, un drôle d’engin imaginé par les ingénieurs d’I-Movix, la société leader mondial du ralenti vidéo. Baptisé très justement le « capteur d’émotion », l’appareil mis à la disposition des visiteurs, est une sorte de vidéomaton où les émotions filmées sont retransmises au ralenti extrême. « Le visiteur est invité à placer sa tête dans une boîte dont il ignore ce qu’elle contient, explique Ludovic Motte, chef de projet chez I-Movix. A l’intérieur, il ne voit rien mais selon des séquences aléatoires, il reçoit soit un jet d’air soit un son particulier, soit les deux en même temps. Nos caméras capturent alors l’effet de surprise sur le visage des participants soit à peine deux secondes d’expression qui sont ensuite retransmises en ultra-ralenti dans une vidéo qui dure une quarantaine de secondes. »

Le dispositif « You Motion » constitue une vraie attraction au sein du musée. Les vidéos réalisées sont diffusées sur un écran géant tandis que les visiteurs peuvent obtenir le lien pour diffuser leur « tête » à leur guise sur les réseaux sociaux. Le prototype « testé » à Mons pourrait ensuite être proposé par I-Movix dans d’autres musées ou lieu culturel. « Cet outil unique est le tout premier imaginé par le Museum Lab, explique Xavier Rolland, directeur du pôle muséal de Mons. Ce projet, financé par le Fonds Feder, vise à développer un laboratoire de recherche et d’innovation en nouvelles technologies dans le domaine muséal, mettant le visiteur au centre de l’expérience. En effet, face à la révolution du numérique, les musées doivent repenser l’offre culturelle pour répondre à ce nouveau besoin des publics ultra-connectés. Le Museum Lab met en connexion des acteurs de la vie locale qui n’avaient pas forcément pour vocation de travailler ensemble mais qui, en se rencontrant, en mettant en commun leurs compétences, parviennent à développer de nouveaux outils comme celui-ci. Pour cette exposition sur Terry Fox et Bill Viola, c’est la société I-Movix qui a répondu à l’appel à projets du pôle muséal. Mais le Museum Lab sera utilisé pour divers projets menés au sein du pôle muséal avec à chaque fois, la création d’un prototype innovant. »

Et le musée devient en quelque sorte une salle de test « grandeur nature » grâce au visiteur qui utilise et fait évoluer le prototype.