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Chômage: les effets pervers de la politique du bâton

Le chômage est au plus bas depuis presque vingt-cinq ans, mais la précarité pourrait parfaitement avoir augmenté de manière tout aussi historique.

Chef du service Politique Temps de lecture: 3 min

Le chômage en Belgique a atteint son plus bas niveau depuis près de vingt-cinq ans. Quel gouvernement ne rêverait pas de pareil bilan, surtout lorsqu’il a placé le mantra de la création d’emploi dans les premières lignes de son programme de majorité ?

En Belgique, celui qui annonce une baisse du chômage ou celui qui la relaie suscite généralement une accusation d’odieuse manipulation des chiffres chez les uns. Chez les autres – plutôt dans les cercles de pouvoir – on louera les mesures visionnaires de nos dirigeants.

Qu’en est-il exactement? Lorsqu’on lit les causes de l’embellie dans le rapport annuel de l’Onem, on peine à se féliciter de manière décisive de la manière dont les deux précédents gouvernements ont appréhendé le problème. La première cause de l’embellie citée par l’Onem, c’est la croissance économique. Les dirigeants politiques ont beau bomber le torse, la croissance, en Belgique, vogue au gré de l’activité économique des grands pays voisins, des prix du pétrole et autres éléments sur lesquels la rue de la Loi a bien peu de prise.

Deuxième raison de l’embellie : la démographie. Là aussi, dans un pays démocratique, les gouvernements ont, sur la natalité ou le vieillissement de la population, une influence proche de zéro.

Reste la troisième cause : les réformes des deux derniers gouvernements. Là aussi, le flou subsiste, en raison de la méthode adoptée par le fédéral pour lutter contre le chômage : celle du bâton. En gros, pour accompagner sur le chemin des entreprises les demandeurs d’emploi dont la période de chômage se prolonge, les deux gouvernements précédents ont choisi de réduire drastiquement leurs moyens de subsistance. Avec, au passage, un fameux gain budgétaire : un demi-milliard l’an dernier. Une méthode dont on ne doit pas nier l’efficacité : l’Onem démontre que 50 % des personnes privées d’allocations d’insertion après janvier ont retrouvé du travail. Le problème, ce sont les autres. Dans le meilleur des cas, elles vont au CPAS. Dans le pire, et c’est le cas pour 45 % des personnes exclues en janvier 2015, elles entrent dans la catégorie statistique des « non retrouvés » (sic). Au mieux, un bienfaiteur les a pris sous son aile, au pire elles sont à la rue. Mais on n’en sait rien.

On en arrive à cette situation rocambolesque  : le chômage est au plus bas depuis presque vingt-cinq ans, mais la précarité pourrait parfaitement avoir augmenté de manière tout aussi historique. Le gouvernement a peut-être réellement fait baisser le chômage. Mais il incombe à présent au ministre de l’Emploi, garant autoproclamé de la cohésion sociale, d’évaluer réellement ces nouvelles politiques, dans toutes leurs dimensions. Sinon le soupçon facile de manipulation ne sera, hélas, pas levé.

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