Abdeslam arrêté: un grand soulagement et enfin, une victoire

On n’a évidemment pas mis un terme aux activités terroristes de Daesh, rue des Quatre-Vents à Molenbeek. On ne leur a pas non plus porté un coup fatal. Mais l’arrestation de Salah Abdeslam est, pour une fois, après tous ces mois sombres et angoissés, un vrai motif d’être soulagés. Avant tout pour les blessés et les familles des morts du Bataclan, dont Abdeslam est l’un des auteurs, mais aussi pour celles de Charlie Hebdo. La capture du terroriste, après une traque de quatre mois dont beaucoup doutaient qu’elle se termine ainsi, est un trophée à haute valeur factuelle – on espère en tirer de l’information –, psychologique, mais aussi symbolique, car il donne à nos sociétés le sentiment qu’elles ne sont pas fatalement vaincues par ce terrorisme.

Redorer le blason de la Belgique

Ce coup de filet spectaculaire permet aussi à la Belgique de redorer son blason. Le Premier ministre Charles Michel avait du mal à cacher cette jubilation vendredi soir. Il faut dire que la réputation belge était tombée plus bas que terre et qu’un Abdeslam en liberté était non seulement une menace permanente pour la sécurité quotidienne du pays, mais aussi un défi à ses autorités. L’arrêter, c’est reprendre le contrôle et retrouver son honneur.

Pour Molenbeek, par contre, c’est un jour très noir. Pire que les précédents car ce retour au bercail témoigne du fait que Salah Abdeslam même aux abois, même avec du sang sur les mains, s’y sentait protégé. « Comment, nom de Dieu, peut-il exister dans le monde, un tel quartier  ? », clamait hier une journaliste de la chaîne américaine Fox News. Elle n’était, hélas, pas la seule.

Un enjeu « bien plus large et transnational »

Et donc, aujourd’hui, on doit se dire : 1. Abdeslam est arrêté, mais il reste un réseau bruxellois lié à lui, de près ou de loin, à identifier et à démanteler. 2. Le vrai danger reste ailleurs car cet exécutant qui n’a trouvé personne dans la galaxie djihadiste pour l’exfiltrer et qui a dû retomber sur son ancien réseau de petites frappes pour survivre, est du menu fretin ; le gros gibier terroriste est tout autre. 3. Le réseau de proximité bruxellois qui le considère visiblement toujours comme l’un des siens et s’est refusé à le dénoncer – des enfants de la rue des Quatre Vents, en entendant les coups de feu, se sont écriés « Oh non, ils l’ont tué ! » – montre que la tâche des autorités va au-delà de la répression, de la prison, des arrestations. C’est un travail de fond dans ces quartiers de Molenbeek et d’ailleurs qu’il faut pouvoir réaliser. Le fédéral ne peut s’en laver les mains.

Un dernier mot sur le comportement de la N-VA qui, via les tweets de MM. Francken et De Wever vendredi soir, a tenu d’abord à soigner son nombril, avant la collégialité – même Obama a laissé Charles Michel parler de lui – ou l’hommage aux forces de l’ordre et aux familles. Déloyal, indécent, mais surtout dangereux. Un spécialiste belge du terrorisme le disait vendredi : « Tout mettre sur Molenbeek en arrange certains mais l’enjeu est bien plus large et transnational. Le jeu des petites phrases crée le danger de passer à côté des problèmes. On risque de s’en mordre les doigts. »