Un parcours d’intégration en français à Schaerbeek et à Molenbeek

L’ASBL Via accompagnera deux mille personnes par an.Elle est portée par les communes de Schaerbeek et de Molenbeek

Temps de lecture: 4 min

Il n’y a eu ni petits fours ni petits verres. Mais le premier « bureau d’accueil des primo-arrivants » francophone à Bruxelles a bien été inauguré mercredi matin, comme prévu. Via, c’est son nom, a été porté sur les fonts baptismaux par les bourgmestres des deux communes porteuses du projet, Françoise Schepmans (MR) pour Molenbeek et Bernard Clerfayt (Défi) pour Schaerbeek, ainsi que par la vice-présidente de l’ASBL, la Molenbeekoise Sarah Turine (Ecolo), et son président, le Schaerbeekois Vincent Vanhalewyn (Ecolo). Une cérémonie sobre. Au cours de laquelle une minute de silence a été respectée en hommage aux victimes des attentats.

C’est à la suite d’un appel à projets lancé l’été dernier par la Commission communautaire française (Cocof) dans le cadre du programme du gouvernement régional que Via a pu voir le jour. Elle compte deux antennes : l’une rue Kessels, à Schaerbeek, l’autre boulevard Léopold II, à Molenbeek. Un second projet porté par la Ville de Bruxelles, « Bapa Bruxelles », devrait lui aussi aboutir dans les prochaines semaines. La mission donnée aux deux associations ? Accueillir et accompagner, chacune et chaque année, quelque deux mille primo-arrivants dans leur parcours d’intégration.

Pour rappel, un primo-arrivant est un immigrant extra-européen qui a obtenu un statut légal en Belgique, par exemple celui de réfugié politique, et qui s’est inscrit dans une commune belge (bruxelloise, en l’occurrence). En Flandre et en Wallonie, les primo-arrivants sont obligés de suivre, dès leur inscription, un parcours d’intégration. Cela signifie, en gros, qu’on établit avec eux un bilan personnel, et des cours (de langue ou de citoyenneté notamment) leur sont prescrits pour combler les éventuelles lacunes constatées. Ceci afin de leur permettre de s’intégrer harmonieusement à la société belge. Mais à Bruxelles, ce parcours n’est pas (encore) obligatoire, faute de structures d’accueil. Bien qu’il semble y avoir consensus pour le rendre tel à terme.

Un bureau d’accueil néerlandophone existe toutefois déjà depuis 16 ans à Molenbeek : Bon (pour « Brussels onthaalbureau voor inburgering »). Selon son directeur Eric De Jonge, il a déjà accompagné quelque 30.000 immigrants depuis sa création. Via compte bien s’appuyer sur son expertise.

« Obligatoire ? Pas à n’importe quel prix... »

Vincent Vanhalewyn est Premier échevin à Schaerbeek et président de l’ASBL Via.

Fallait-il maintenir cette inauguration au lendemain des attentats de Bruxelles ?

Nous avons longuement réfléchi. Serait-ce indécent, eu égard aux victimes ? Ou fallait-il montrer qu’on ne plie pas devant la terreur ? Mardi, les bourgmestres des 19 communes ont affirmé leur volonté de ne rien déprogrammer : la vie continue. Nous nous sommes donc décidés pour la seconde option.

Pourquoi Schaerbeek et Molenbeek se sont-elles associées pour créer ce bureau d’accueil ?

Tout part d’une volonté politique des deux collèges, de Sarah Turine et moi-même, conscients qu’une politique d’accueil des primo-arrivants ambitieuse doit se faire dans des communes comme les nôtres. C’est une évidence, même si nous sommes agréés pour la population des 19 communes. Mais on sait que les primo-arrivants se concentrent plus sur les communes de la première couronne. Nous toucherons donc plus facilement les primo-arrivants avec une implantation à Molenbeek et une autre à Schaerbeek.

Mais vous devrez collaborer avec toutes les communes.

Pour le moment, nous sommes encore dans un parcours volontaire. Il n’y a pas encore, comme en Flandre ou en Wallonie, d’obligation. Il faudra donc une collaboration avec toutes les communes, mais aussi avec le secteur associatif, les CPAS, et toutes les institutions qui ont l’habitude d’accueillir pour une raison ou l’autre les primo-arrivants.

A terme, selon vous, ce parcours d’accueil doit-il être rendu obligatoire pour les primo-arrivants ?

Oui, mais pas à n’importe quel prix, ni pour se donner bonne conscience. Si c’est pour donner plus de moyens pour pouvoir aider l’ensemble des primo-arrivants qui arrivent sur le territoire, c’est oui et trois fois oui. Mais attention que cette obligation de parcours nécessite d’abord de la part des pouvoirs publics d’y mettre les moyens. Si on dit que vous êtes obligé, mais qu’il n’y a pas assez de places pour accueillir tout le monde, cette obligation ne rime à rien. Et puis avec quelles sanctions ? Il faudra bien peser le type de sanctions en contrepartie de l’obligation.

La Région a été efficace pour faire aboutir ce premier bureau d’accueil ?

L’accueil des primo-arrivants est un exemple comme plein d’autres où la Région supporte des charges financières dans son rôle de capitale, de porte d’entrée dans le pays. C’est la raison pour laquelle tous les partis bruxellois ont exigé un refinancement de la Région de Bruxelles-Capitale. C’est le rôle de la Région maintenant, des commissions communautaires, d’accueillir ces primo-arrivants, et c’est ce que fait, pour être tout à fait honnête, le gouvernement bruxellois, puisqu’il a décidé d’ouvrir deux bureaux d’accueil, Bapa Bruxelles et Via. Je voudrais souligner l’excellente collaboration, alors que les partis ne sont pas tous dans la majorité régionale, que l’on a eue avec le cabinet Vervoort et son administration. On s’est senti soutenu, on est correctement financé pour faire un parcours de qualité, et la collaboration avec les pouvoirs publics régionaux a été excellente.

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