Moureaux sur France 2: «J’ai peut-être été trop prudent en matière de mixité sociale»

Jeudi soir, David Pujadas présentait une spéciale de « Des paroles et des actes » suite aux attentats à Bruxelles. L’émission politique diffusée sur France 2 est d’abord revenue sur la menace terroriste d’un point de vue global avant d’aborder le cas de Molenbeek.

Philippe Moureaux tendu

L’ancien bourgmestre de Molenbeek, Philippe Moureaux avait accepté l’invitation tout comme l’éditorialiste en chef du « Soir », Béatrice Delvaux. Accusé par David Pujadas de ne pas avoir réagi à temps, il a d’abord répliqué : « Si vous avez lu mon livre, ou du moins si vous l’avez parcouru, vous avez vu que j’avais déjà remarqué des petites choses. » Il a donné l’exemple d’une femme voilée qui avait refusé de lui serrer la main sur laquelle il s’était fâché.

Il a aussi rappelé qu’à la fin de son mandat, il avait été victime d’attaques de Sharia for Belgium suite à l’interpellation d’une femme qui portait le voile intégral.

« Molenbeek a droit à la sécurité »

« Niez-vous vous avoir sous-traité la paix sociale aux réseaux religieux de certains quartiers de Molenbeek ? », a questionné David Pujadas. « Quand je suis arrivé à Molenbeek, la police était une catastrophe. Je suis de gauche, très ouvert mais ces quartiers populaires ont droit à la sécurité. Je me suis battu pour qu’il n’y ait pas de zones de non-droit. », a répondu Philippe Moureaux.

Relevant la « connaissance fine de Molenbeek » de son ancien bourgmestre, Béatrice Delvaux a tenu à préciser que « si on veut être juste, il y a un problème spécifique sur Molenbeek. Le nier n’est pas rendre service à la commune et à ceux qui souffrent de la situation dans laquelle quelques extrémistes les ont mis. Mais il y a un croissant pauvre, la géographie des déplacements de Salah Abdeslam le montre. »

« M. Moureaux, vous avez flirté avec les salafistes »

Nadia Remadna, La Présidente de l’association « Brigade des mères » à Sevran était particulièrement remontée contre les représentants politiques présents en plateau. Elle a accusé M. Moureaux d’avoir « flirté avec les salafistes ». « Vous avez utilisé toutes les cartes, le racisme, la discrimination. Vous avez joué un jeu et vous vous êtes brûlés. Maintenant ce sont les mères qui paient. »

Pour Béatrice Delvaux, le problème tient notamment au fait que des partis ont joué la carte du communautarisme à des fins électorales. « On n’a pas trié les gens entre ceux qui avaient des idées qui correspondaient aux valeurs du parti et ceux qui visaient plutôt à réaliser un fort taux de pénétration. »

« Je ne suis pas un homme parfait »

Avant de faire bifurquer le débat sur les banlieues françaises, David Pujadas a demandé à Philippe Moureaux s’il n’avait pas de regret. « Je ne vais pas dire que je suis un homme parfait. J’ai peut-être été trop prudent en matière de mixité sociale. », a-t-il reconnu avant de conclure qu’il n’était pas très optimiste pour l’avenir. « Il y a un pourcentage non négligeable des jeunes que l’on rencontre après les événements qui ont toujours une certaine sympathie pour ce type de mouvement. C’est horrifiant. »

Le besoin urgent d’un projet collectif

Concernant l’avenir, Béatrice Delvaux a également expliqué qu’elle était pessimiste, du moins au regard de la manière dont le monde politique s’empare du problème. « Daesh a pu développer un discours qui ouvre une perspective. Cela manque cruellement dans le monde politique. Les solutions, c’est via l’école, la culture et les forces vives à l’intérieur de ces communautés. Il faut plan d’attaque, un projet collectif identitaire au sens positif du terme. Si on arrêtait de croire qu’on est mieux tout seul dans sa petite maison et que l’on développait un projet collectif en s’appuyant sur les nouvelles élites, les gens porteurs d’un message… Nous avions déjà écrit qu’il y avait une bombe sociale à Bruxelles, c’était il y a plusieurs années. »