Le psychologue : «Les gens ont besoin de se retrouver en groupe»

Olivier Luminet, est spécialiste des peurs et émotions collectives. L'annulation de la marche contre la peur prive-t-elle les Belges d'une occasion de digérer les attentats? Pas forcément, estime-t-il. Entretien.

Journaliste au service Forum Temps de lecture: 3 min

Une marche comme celle qui était demain à Bruxelles et qui est annulée, quelle fonction occupe-t-elle?

Dans des situations de stress, de peur importante, les gens ont besoin de se retrouver en groupe. Pour une partie de la population, c'est certainement important d'avoir des lieux de rassemblement. Mais cela peut prendre une autre forme que la manifestation.Ce qui m'a frappé depuis les attentats, c'est qu'on n'a pas assisté à des foules comme celles qu'on a pu voir à Paris. Il y avait certes des gens à la Bourse, mais ce n'était jamais massif. Comme si les Belges avaient une autre manière de répondre à la situation que les Français. Se retrouver entre amis, à quelques personnes, peut suffire. Je pense que beaucoup de gens se sont dit cette semaine qu'ils avaient envie de voir des amis. Ces invitations impromptues, le fait d'être avec les autres, permet un recentrage des priorités. C'est toujours l'effet un peu paradoxal d'événements aussi dramatiques : les gens vont penser à profiter de chaque jour, relativiser certains tracas quotidiens et se remettre sur une autre échelle de valeurs. La gestion de l'après-attentats est évidemment importante. Les messages qui seront communiqués vont-ils porter davantage sur la colère, la tristesse? Très nettement, en Belgique, c'est la tristesse, tandis qu'en France les autorités ont embrayé très vite sur un message guerrier et colérique, ce qui oriente les choses autrement. En Belgique, c'est un message de compassion et de tristesse qui a directement été émis. Cela peut expliquer qu'on éprouve moins ce besoin de grands rassemblements qu'en France.

Le fait que cette marche soit annulée, cela peut-il néanmoins affecter la manière dont on va collectivement digérer ces événements?

C'est un moyen de digestion, mais il y en a d'autres. Ce qui est important, c'est que les gens qui voulaient vraiment se rassembler trouvent d'autres moyens, en plus petits groupes. Ce week-end de Pâques, avec ses retrouvailles en famille, prendront peut-être plus de sens cette année pour beaucoup de gens.

Organiser une marche dans « quelques semaines », comme c'est évoqué, cela aura encore un sens ?

Cela n'aura pas nécessairement moins de sens, car cela fait partie de tout un processus. Rappelez-vous la Marche blanche, qui est intervenue après un long processus. Les gens avaient garder le besoin de se rassembler à un moment donné. Y aura-t-il encore beaucoup de participants si une marche est organisée dans quelques semaines ? Difficile à dire. Cela dépendra aussi de ce qui se passe. Ces attentats ont créé du remue-ménage à tous niveaux et on ne perçoit pas encore bien comme les gens digèrent. Mais la première impression est qu'on est plutôt dans une atmosphère de calme et de recueillement. Il y a quelques critiques, mais relativement peu.

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