Quelque chose doit changer dans ce pays

Quatre cent cinquante hooligans, dont de nombreux fascistes, n’auraient jamais dû arriver jusqu’à la place de la Bourse. 450 hooligans, dont de nombreux fascistes n’auraient jamais dû faire le salut nazi devant les hommages aux morts de Zaventem et de Maelbeek. 450 hooligans, dont de nombreux fascistes, n’auraient jamais dû piétiner les fleurs et les dessins à la craie de citoyens. Un pouvoir qui fonctionne, un Etat qui assure ne pouvaient laisser cette tache brune emplir les écrans des télévisions du monde, comme un nouveau crachat lancé sur notre pays – et Bruxelles –, comme une nouvelle preuve d’échec d’un pouvoir déliquescent. Car comment croire que celui-ci puisse protéger les usagers du métro et de l’aéroport, s’il ne peut empêcher 450 fous furieux habillés de noir de salir leur mémoire ?

Chacun se déresponsabilise

Il y a quelque chose qui ne va pas dans notre Royaume. Depuis les attentats meurtriers, nous étalons chaque jour davantage nos défaillances intrinsèques, dans ce rejet des responsabilités, dans les « c’est pas moi, c’est l’autre ». L’autre étant un autre niveau de pouvoir, un autre ministre, d’un autre rôle linguistique, mais aussi du même, du moment qu’il a une autre couleur politique. Ou un lampiste, brûlé au milieu du Parlement avant même d’avoir été entendu ou d’avoir pu s’expliquer. On a certes vu des démissions, mais l’une d’elles fut si vite instrumentalisée, qu’on se dit qu’elle servait plus la tactique d’un parti (N-VA) que l’honneur de l’homme. Les observateurs étrangers sont ébahis, mais les Belges, eux, se sentent extrêmement seuls, perdus, abandonnés, laissés à eux-mêmes par ce mauvais jeu politique, face à une inquiétude immense et existentielle.

Les hooligans au cœur de Bruxelles ? « La faute au bourgmestre de Vilvorde, au ministre de l’Intérieur fédéral, la faute aux Flamands », accuse le PS Yvan Mayeur. « La faute à Bruxelles », réplique le N-VA Jan Jambon. Le métro qui explose faute d’avoir fermé à temps ? « La faute à la Stib et à la Région qui n’ont pas réagi aux consignes », accuse Jambon. « Faux », répliquent la Stib et Infrabel. El Bakraoui livré par les Turcs mais ignoré par les Belges ? « La faute à la police. » « Non, à la justice. » « Non, à l’ambassade. » Molenbeek  ? « La faute aux socialistes, à Moureaux », disent les partis au pouvoir au fédéral. « La faute au pouvoir fédéral qui n’a pas bien géré les suspects », répond l’ex-bourgmestre.

L’importance du pouvoir

Voilà des dizaines d’années que les hommes politiques de ce pays découpent des compétences, se disputent des zones de pouvoir, veulent scinder des arrondissements électoraux, réduisent les fonctions régaliennes (justice, police, renseignements, sécurité sociale). On s’aperçoit une nouvelle fois aujourd’hui que c’est au détriment de la coordination. Ou, plus grave, en refusant de mettre ensemble tous ces morceaux, et de jouer l’efficacité d’un ensemble belge qui continue d’exister, et reste extrêmement nécessaire. Perdant de vue les vrais enjeux : «Comment avons-nous laissé pendant près de 40 ans l’islam wahhabite prendre toute cette place dans les mosquées, librairies, quartiers ? Comment avons-nous pu laisser l’institution scolaire si immobile ? Comment en est-on arrivé à une société où il est si difficile d’échanger des idées ? », interroge aujourd’hui le professeur de Najim Laachraoui, l’un des assassins kamikazes de Zaventem, dans une carte blanche au Soir.

La non-coordination, ce refus – cette paresse – de travailler ensemble, ce rejet de la faute sur l’autre niveau de pouvoir, déjà intolérables lorsqu’il s’agit de la mobilité, de la culture ou de l’emploi des jeunes à Bruxelles, devient une honte lorsque nous en arrivons politiquement à nous demander, une semaine à peine après les attentats, si cette faillite dans l’organisation de l’Etat, n’est pas pour beaucoup dans les 35 morts (à cette heure) et les centaines de blessés de 40 nationalités, pas encore enterrés.