François Hollande, déchéance de responsabilité

J ’ai décidé de clore le débat constitutionnel. » Pitoyable. François Hollande a eu beau tenter d’y mettre les formes sous les ors d’un salon de l’Elysée. Sa prestation, mercredi, restera dans les annales des renoncements. Non seulement le président français enterre son projet de déchéance de nationalité. Mais il n’assume même pas l’échec. Suivez son index : ce n’est pas moi, c’est la droite qui est coupable.

Priver un kamikaze de son passeport, la belle affaire ! Tout le monde convenait que cette mesure n’était absolument d’aucune efficacité contre le terrorisme. Qu’importe. Ce n’était pas l’utilité qui était recherchée, mais le symbole. Et puisqu’elle répondait à l’émotion et plaisait à l’opinion… La main sur le cœur, gauche, droite et même extrême droite étaient censées voter cette mesure au nom de l’unité nationale. François Hollande aurait récolté les fruits de l’opération. En empruntant à l’opposition son propre catalogue, il l’aurait obligée à manger dans sa main. Et tout le pays ainsi rassemblé n’aurait plus eu qu’à applaudir son chef, remis en selle pour la présidentielle de 2017.

Un véritable fiasco

Le symbole s’est retourné contre l’apprenti sorcier et l’image n’en est que plus désastreuse. Une semaine après les attentats de Bruxelles commis par la même filière franco-belge, la France étale la mesure du fiasco. Quatre mois de débats politiciens, de calculs tactiques, de déplacements de virgules et de dissection de mouches pour en arriver à ce résultat : le discrédit achevé d’une classe politique qui voulait montrer sa force et sa responsabilité face à ceux qui, à coups de kalachnikovs et de ceintures d’explosifs, veulent déstabiliser les institutions en ruinant les valeurs de nos démocraties.

L’affaire expose François Hollande sous un jour terrible. Sa méthode, faite d’arbitrages et de recherche permanente de synthèse, convenait peut-être à un patron de parti. Mais ses calculs ne sont pas à la hauteur de ce que l’on attend d’un homme d’Etat. Instrumentaliser cette mesure douteuse était dès le départ une idée détestable. L’enterrement de première classe réservé à la déchéance de nationalité signe le crépuscule de son pouvoir. Délégitimé, pourra-t-il encore être le candidat naturel d’une gauche en lambeaux ? Dans son propre camp, cet échec va ouvrir la « chasse au Hollande » et encourager les partisans d’une primaire. Voilà comment s’évaporeront les énergies dans les prochains mois.

Et pendant ce temps-là, les terroristes…

Sur le même sujet
PolitiqueFrançois Hollande