Accueil

3 Belges sur 10 évitent les lieux publics depuis les attentats

La Fondation « Ceci n’est pas une crise » a commandé un sondage après les attentats. « Le Soir » en livre les premières conclusions.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 5 min

O n n’a pas peur ». « Not afraid ». Comme les Français à Paris en janvier 2015, puis en novembre, les Belges sont nombreux à avoir manifesté leur refus de tomber dans l’angoisse après les attentats de ce 22 mars dernier. Aux messages de résistance écrits à la craie sur la place de la Bourse, scandés sur Facebook ou revendiqués dans divers éditoriaux, équivaut désormais une première évaluation chiffrée. La peur n’est le sentiment dominant que pour un Belge sur cinq. Selon le sondage commandé par le think tank Ceci n’est pas une crise à l’institut Dedicated Research, c’est bien la colère qui anime aujourd’hui la population : ce sentiment est ressenti à 58 %.

Le sentiment : une volonté de ne pas s’arrêter de vivre, mais une peur plus forte chez les musulmans

Dans leur immense majorité (8 personnes sur 10), les Belges s’attendaient à ce que des attentats visent la Belgique. Ils sont d’ailleurs tout autant convaincus que le pays sera encore frappé par de tels actes à l’avenir. Pour autant, la peur ne domine pas leurs sentiments. C’est d’abord la colère, puis la peine et la solidarité qui priment, devant la crainte. A noter néanmoins que si la peur n’est « créditée » par les Belges qu’à hauteur de 18 %, trois citoyens sur dix reconnaissent qu’ils vont éviter les lieux publics dans les semaines à venir…

Un repli qui grimpe à 49 % pour les musulmans ! En effet, un musulman sur deux, en Belgique, craint donc de fréquenter les lieux publics, sentiment mêlant certainement la peur de nouveaux attentats à l’angoisse d’être victime d’agressions xénophobes ou islamophobes. Reste que la majorité de la population ne compte pas changer de comportement.

Les fautes : les politiques d’intégration et de lutte contre le terrorisme critiquées

A qui la faute ? Les citoyens se montrent globalement assez critiques avec le pouvoir politique en place… et les gouvernements qui ont précédé. Ainsi six Belges sur dix jugent que « si l’Etat avait mieux géré depuis de nombreuses années l’intégration des populations immigrées non européennes, on aurait pu éviter les actes terroristes ».

Cette critique se veut plus sévère à Bruxelles (69 % des sondés approuvent) et en Wallonie (67 %) qu’en Flandre (53 %). L’incapacité de l’Etat belge à localiser et arrêter les terroristes est pointée par un Belge sur deux (53 %), tandis que le désinvestissement chronique des services régaliens (Justice, police, sûreté de l’Etat) est une critique partagée par près de sept personnes sur dix.

Les réponses : le sécuritaire remis en cause… mais la demande d’un Etat fort

En termes de réponses à apporter, les Belges se montrent très dispersés, voire paradoxaux. D’une part, pour un peu plus de sept personnes sur dix, le renforcement des mesures sécuritaires n’empêchera pas de nouveaux attentats. Mais, dans le même temps, un citoyen sur deux (54 %) juge que la meilleure réponse consiste à augmenter le nombre de policiers et de militaires dans la rue. De la même façon, ils sont 52 % à accepter de réduire une partie de leurs libertés au profit de leur sécurité. Les Belges réclament en outre massivement (à 79 %) un « pouvoir fort pour mettre de l’ordre dans tout cela ». La porte ouverte à un pouvoir plus autoritaire ?

Parallèlement, lorsque le sondage propose aux personnes interrogées des mesures d’ordre éducatif, culturel, préventif, une majorité des répondants (de 63 à 73 %) approuve. Difficile sans doute de s’affirmer « contre » le modèle « italien », qui consiste à investir un euro dans l’enseignement et la culture pour tout euro investi dans la sécurité… 73 % des répondants adhèrent en effet à cette idée.

L’islam : une société de plus en plus clivée

Si les citoyens interrogés clament qu’il « faut tout faire pour ne pas tomber dans le piège que Daesh nous tend » (86 %), s’ils disent craindre la récupération par certains partis politiques qui développeraient un discours de haine et de repli (69 %), force est de constater qu’ils témoignent eux-mêmes de certains clivages. Ainsi, 36 % des Belges jugent les musulmans « complices » de tels actes. On pourrait se rassurer que six sondés sur dix n’adhèrent pas à cette proposition.

Benoît Scheuer, sociologue, fondateur de l’institut Survey & Action qui a rédigé les questions du sondage et l’analyse aujourd’hui, se montre moins optimiste : « Il y a une fracture identitaire qui traverse la société, entre ce “eux”, les musulmans, et “nous”. Il y a quand même quatre personnes sur dix qui jugent les musulmans complices. Seulement 31 % qui estiment que les musulmans sont aussi victimes. Et quatre sur dix qui redoutent une guerre civile entre musulmans et non musulmans ! Les gens disent qu’ils ne veulent pas tomber dans le piège de Daesh, mais on ne leur explique pas comment ne pas tomber dedans… Si on continue de renforcer uniquement les mesures sécuritaires, nous allons renforcer ce clivage, et tomber dans ce piège. »

La Fondation Ceci n’est pas une crise est un think tank composé de ténors du monde politique belge, mais pas seulement : Jean-Pascal Labille, Philippe Maystadt, Louis Michel, en sont, mais aussi Pierre Kroll, Jan Goossens, ancien directeur artistique du KVS, ou encore, Bruno Colmant, économiste, ou l’Abbé Eric de Beukelaer, doyen de Liège. Le sondage a été réalisé par l’institut Dedicated Research via Internet auprès de 1.034 personnes partout en Belgique, entre le 25 et le 27 mars dernier.

À lire aussi Ces victimes qui refusent la colère et la haine À lire aussi «Mes excuses»: lettre à mon fils, à ma fille À lire aussi Bruxelles, cette ville qu’on aime tant À lire aussi Émotions collectives: après le choc vient le sentiment d’unité À lire aussi Fabien, rescapé des attentats: «On n’oubliera pas qu’on a eu de la chance»

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
Sur le même sujet La Une Le fil info

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une