Taxe kilométrique: des blocages routiers sont encore en place

Les transporteurs routiers se seraient semble-t-il bien passés du 1er avril 2016. L’introduction du prélèvement kilométrique sur les poids lourds de plus de 3,5 tonnes a mis le secteur sans dessus-dessous. Des barrages filtrants ont encore été installés sur certains axes en Wallonie et ce matin des représentants des camionneurs en colère étaient reçu au cabinet du ministre wallon du Budget Christophe Lacroix (PS).

Toujours de gros blocages

L’autoroute E411 (A4) dans le sens Bruxelles-Namur-Luxembourg reste fermée dans les deux sens à hauteur d’Achêne, indique la police fédérale sur son site web. La circulation est fortement ralentie et plusieurs kilomètres de file sont constatés dans les deux sens. Dans le sens Luxembourg-Bruxelles, cependant, la chaussée est libre à hauteur de Libramont et la circulation est normalisée.

La police conseille aux automobilistes qui circulent dans le sens Luxembourg-Bruxelles d’emprunter la sortie numéro 22 « Rochefort » et de rouler sur la nationale 97 en direction de Philippeville ou d’Achêne pour remonter ensuite sur la E411 en direction de Bruxelles. Les usagers qui circulent dans le sens Bruxelles-Luxembourg doivent emprunter la sortie numéro 18 « Courrière » et suivre la nationale 4 jusque Luxembourg.

Par ailleurs, plusieurs accès à des zonings industriels sont également bloqués dont ceux de Villers-le-Bouillet et du rond-point de Herstal (Liège), de Courcelles (Hainaut) et de Tournai-Ouest.

Des barrages filtrants sont encore installés sur les nationales 97, à hauteur de Onhaye (Namur) et 5 à Brûly, à la frontière avec la France. Pour cette dernière, bien que le barrage reste filtrant, les véhicules légers, pourtant autorisés à passer, ne peuvent plus circuler à cause du grand nombre de poids lourds qui obstruent la totalité de la chaussée. Le barrage installé sur la nationale 40 à Dion au lieu-dit « Petit Caporal » est quant à lui supprimé.

Enfin, la police appelle à la prudence aux alentours des zonings industriels, desquels les camions sont empêchés de sortir mais non d’entrer. Les véhicules sont alors immobilisés sur les accotements aux alentours, ce qui pourrait engendrer des files dans les sorties d’autoroute.

Le ministre flamand de la Mobilité reste intraitable

Le ministre flamand de la Mobilité, Ben Weyts, n’envisage aucun report de l’entrée en vigueur de la redevance au kilomètre sur les poids lourds et dit ne pas comprendre les critiques sur la longueur des files à la frontière, a-t-il affirmé vendredi.

«  Les chauffeurs routiers ont eu l’occasion de commander leur boîtier à l’avance, depuis octobre 2015 », a réagi le ministre N-VA sur la chaîne de télévision privée VTM. Reporter l’entrée en vigueur de la taxe n’a donc aucun sens à ses yeux. «  Ça ne ferait que reporter encore l’acte d’achat » du boîtier.

M. Weyts fait observer que le lancement du système de péage en Allemagne avait lui aussi posé problème. Il dit espérer que les obstacles rencontrés en Belgique seront rapidement levés. Quant à la demande du ministre wallon du Budget Christophe Lacroix (PS) de convoquer en soirée une réunion extraordinaire du conseil d’administration de Viapass, l’entité interrégionale chargée du prélèvement de la redevance, il ne la soutient pas.

Démarrage raté

Après l’UPTR, la Febetra (fédération royale belge des transporteurs), l’autre syndicat des transporteurs routiers, a donné de la voix en parlant de « démarrage complètement raté », réclamant « qu’une solution cohérente soit trouvée » et que les ministres compétents « prennent leurs responsabilités ».

Alors que, « les transporteurs ont tout mis en œuvre pour se mettre en ordre à temps », les dysfonctionnements se sont poursuivis, explique Isabelle De Maegt, porte-parole de la Fédération. « Depuis ce matin, nous avons déjà reçu une centaine de mails et de coups de fil, de camionneurs qui rencontrent un problème ». Des boîtiers GPS (OBU) commandés « parfois depuis des semaines qui ne sont pas parvenus à leur destinataire, des OBU défectueux, des OBU qui fonctionnaient il y a quelques jours puis ne fonctionnent plus… »

Un comble d’être sanctionné !

Plus grave, selon la Febetra, lorsqu’un souci apparaît, le transporteur doit contacter un call center pour convenir d’une procédure pour résoudre ce problème. La plupart du temps, ce centre n’est pas joignable. Et les « points service » où il est possible d’obtenir un autre OBU sont soit en panne, soit à court de boîtiers de remplacement, selon De Maegt.

Un transporteur qui n’est pas en ordre risque une amende, rappelle la Febetra. « Ce serait un comble qu’on sanctionne quelqu’un qui a tout fait pour se mettre en conformité ! ».

Il faut répercuter

Mais la fédération en veut aux politiques. « Il y a déjà un moment que nous les avons avertis des dangers du système. On nous a répondu que tout allait rentrer dans l’ordre. Ce n’est pas le cas. Cette semaine, nous avons encore alerté. Les Régions ont quand même voulu démarrer ».

Dès le lancement du projet, la Febetra avait pourtant adopté une attitude différente de l’UPTR qui a pratiqué une guérilla de tous les instants. « Nous ne sommes pas contre le principe d’une taxe kilométrique. Mais elle doit être juste et ne pas entraver travail du transporteur ».

Pour la Febetra, l’impact du prélèvement doit par ailleurs être répercuté sur le client du transporteur routier. « Or, certains clients le refusent, ou refusent que ce soit intégralement répercuté. Mais compte tenu des tarifs, il est impossible pour le transporteur de ne pas répercuter l’augmentation des prix ».

La Febetra n’appelle pas aux blocages. « Mais nous voulons une solution, pas discuter pendant des heures ».