Les 80 ans du Bon usage, de Maurice Grevisse

Un anniversaire fêté par une nouvelle seizième édition prévue pour septembre.

Temps de lecture: 4 min

Les amoureux de la langue française sont à la fête cette année : ils peuvent célébrer les 80 ans de leur “bible ”. C’est en 1936 que Maurice Grevisse, docteur en philologie classique de l’Université de Liège, publie une grammaire française intitulée “Le Bon usage ” dont l’ambition est de rendre accessibles les règles de la grammaire aux jeunes élèves. L’ouvrage est révolutionnaire car il n’édicte pas des règles au nom d’une autorité académique mais accumule les exemples et citations littéraires pour présenter les différents usages, styles et niveaux de la langue française parlée et écrite. Comme l’écrivit Hervé Bazin, Grevisse a une « conception nouvelle du rôle de grammairien, préférant le fait à la règle ; une constante remise à jour ; une érudition jamais rêche, jamais sèche, une somme d’exemples, de citations anciennes ou modernes répondant à d’immenses lectures; et surtout la modernité de l’analyse, jointe au sens de la mesure. Grevisse n’est ni laxiste ni fixiste. Il constate, explique et trie ; il compare et commente. Contre les grammairiens-gendarmes qui interdisaient, qui s’emparaient de votre bouche pour transformer vos dents en barreaux, il choisit le rôle d’ingénieur du son, d’ingénieur du sens. Contre le magistère, il choisit l’écoute. Il trouve bon qu’une langue parlée par des êtres vivants soit, comme eux, en évolution continue ; que mort et naissance, comme eux, la renouvellent, raniment incessamment ce qui a perdu jeunesse, force et saveur. » Ainsi Maurice Grevisse signe un ouvrage d’un genre complètement nouveau qui pourtant ne trouve pas preneur. Le passionné d’orthographe depuis l’enfance galère pour arriver à publier. “Le Bon usage ” est d’abord refusé par l’éditeur namurois qui le lui a pourtant commandé. Il essuie un même refus de la part d’autres maisons belges. C’est finalement Jules Duculot qui prend la décision de publier le volumineux ouvrage de 704 pages – la pagination monte à 1.666 pages pour la quinzième édition de 2011. L’éditeur et imprimeur de Gembloux a raison. Trois ans après sa sortie “Le Bon usage ” est déjà épuisé et il sort très vite du monde scolaire pour être adopté également par les avocats et les intellectuels belges. Sa notoriété va s’amplifier et se répandre dans le monde francophone grâce à un article d’André Gide. Grevisse ayant pris l’initiative de lui envoyer un exemplaire, le 8 février 1947, l’écrivain français, futur Prix Nobel, signe un article dithyrambique sur cette nouvelle grammaire en se gardant bien de préciser la nationalité de son auteur pour ne pas froisser l’orgueil hexagonal. Il parle de «remarquable ouvrage, d’abondants exemples si pertinemment choisis que le bon usage se lit avec amusement et ravissement (si j’en juge par moi). M. Grevisse ne consent pas à considérer le français comme une langue figée. Il dénonce les incorrections, les infractions aux règles précédemment admises, mais sans s’élever contre elles de parti pris ; sans non plus pour cela les approuver toujours. Il fait le point. » “Le Bon usage ” est lancé dans le monde francophone. Il s’y impose d’autant plus facilement que, comme l’explique André Goosse, le gendre et successeur de Maurice Grevisse depuis sa disparition en 1980, il n’existe alors que « des répertoires de fautes fondés sur une logique étriquée et sur un conservatisme figé (parfois depuis le XVIIe siècle) dont le dictionnaire de l’Académie française érait l’organe officiel. » Aujourd’hui encore “Le Bon usage ”, que tous appellent le Grevisse est d’actualité. Certes, il a perdu de sa modernité ; ses références sont très littéraires, sa méthodologie non actualisée par les outils informatiques. Il doit aussi affronter la concurrence des dictionnaires. Mais il reste encore apprécié et n’a pas été remplacé par une autre grammaire. Les éditions De Boeck s’apprêtent à sortir à la rentrée de septembre une seizième édition actualisée par Maurice Goosse. Une palme de plus pour Grevisse qui a accumulé tant de récompenses durant sa vie : prix de Keyn de l’Académie royale de Belgique en 1939, médaille d’or de l’Académie française en 1946, Chevalier de l’Ordre de Léopold en 1947, Officier de l’Ordre de Léopold II en 1955, Officier de l’Ordre de la Couronne en 1957, Commandeur de l’Ordre de la Couronne en 1974. À Paris, il fut promu Commandeur dans l’Ordre des Palmes académiques en 1967 et Officier de la Légion d’Honneur par le président Pompidou, en voyage officiel en Belgique en 1971.

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