Panama Papers: des «amalgames», vraiment, Monsieur Oudéa?

La Société générale est prise dans la tourmente des Panama Papers et son patron s’est défendu. Il aurait mieux fait de montrer profil bas.

Rédacteur en chef adjoint et chef du service Monde Temps de lecture: 3 min

Il a raison, Frédéric Oudéa, directeur général de la Société générale, quand il dit à nos confrères du Figaro cette semaine qu’il trouve « scandaleux les amalgames et les inexactitudes qui sont véhiculés concernant la Société générale, dans le cadre de cette enquête ». Les Panama Papers, donc.

Oui, il a raison, et tout le secteur financier avec lui, des changements profonds sont intervenus ces dernières années : l’échange d’informations fiscales (automatique d’ici à 2018), les accords de coopération entre administrations fiscales, et tant d’autres lois et directives montrent que le monde financier a profondément changé d’environnement. Un monde tout en transparence… Ben tiens. On a envie de rire… Un, la société Mossack Fonseca au Panama, au cœur de ce nouveau scandale d’évasion fiscale, a beau avoir légèrement réduit la voilure ces trois dernières années, le nombre de sociétés offshore créées en 2015, en collaboration avec des banques de tous bords (dont la Société générale et, encore plus près de chez nous, une filiale de Dexia, premier fournisseur !), reste à un niveau historiquement élevé.

Deux, malgré cette apparente bonne volonté des « législateurs », acheter un permis de s’évader reste d’une simplicité déconcertante. Panama est aujourd’hui dans le viseur, mais bien d’autres juridictions (Singapour, Jersey, Guernesey, île Maurice, Belize, etc.), parfois avec la bénédiction de certains Etats membres de l’Union européenne – Grande-Bretagne en tête –, restent des terres propices à de solides cures d’amaigrissement des bases imposables, et ce en toute légalité.

L’industrie offshore à l’anglo-saxonne, avec ses trusts « sur mesure », et avec le concours d’intermédiaires financiers pas toujours très regardants sur l’origine des fonds, a encore de beaux jours devant elle. Forcément, déterminer les bénéficiaires réels derrière les sociétés-écrans relève encore souvent de la gageure. Ça, c’est une belle faille dans l’arsenal mis en place, isn’t it ? Il a donc tort, Frédéric Oudéa.

Mais là où on n’a plus du tout envie de rire, suite à cette sortie – disons osée – du patron de l’une des plus grandes banques françaises, c’est en se remémorant le passé pas si lointain de la crise financière de 2008. La banque, comme Dexia du reste et bien d’autres de leurs pairs, a bénéficié du soutien de l’Etat – l’argent du contribuable, donc – pour ne pas sombrer. Et pendant ce temps, elles « détroussaient » encore un peu plus les Etats en leur soustrayant leurs contribuables les plus nantis. Quand on voit aujourd’hui l’état des finances publiques, et les désinvestissements importants que cela génère dans notre société au jour le jour, on a juste envie de dire à monsieur Oudéa de se replonger dans le dictionnaire au mot amalgame. Et aux autres banques de continuer à faire profil bas…

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