Albert Ier et Elisabeth racontés par leur fille

Ce 23 mars, le Roi et la Reine étaient attendus au château de Rumbeke, près de Roulers, pour visiter une exposition consacrée au troisième Roi des Belges, le roi Albert Ier, et à son épouse, la reine Elisabeth. À cette occasion, ils devaient recevoir des mains de Luc Glorieux, de la Fondation Témoins Silencieux, l’organisateur de l’événement, la réédition du livre “Albert et Elisabeth, mes parents”, le livre de souvenirs que la reine Marie-José d’Italie, née princesse de Belgique, a consacré à ses années belges et en particulier à ses parents et à la vie de famille à l’époque. Ce livre, Philippe et Mathilde le connaissent très bien. C’est même eux qui en ont parlé la première fois à Luc Glorieux. « En tant qu’homme d’affaires, j’ai participé à plus d’une vingtaine de missions économiques, à l’époque où ils étaient encore ducs de Brabant. J’ai donc eu l’occasion de m’entretenir souvent avec eux. Je suis également historien et plutôt spécialiste de la Première Guerre mondiale. Le sujet s’est ainsi naturellement imposé lors de nos discussions et ils ont évoqué ces Mémoires de la reine Marie-José parus il y a plus de 40 ans, aujourd’hui épuisés. Ils m’avaient dit combien ce livre était merveilleux et combien ils regrettaient à ce moment-là que peu de choses avaient été faites pour entretenir le souvenir du Roi-Chevalier, l’un des modèles du roi actuel. J’ai trouvé l’ouvrage dans une librairie de seconde main. Et en effet, il est formidable. Mais, édité à l’époque à Paris aux éditions Plon, il n’avait jamais été traduit en néerlandais. Les Flamands ignorent tout de son existence ! » C’est pour cela que Luc Glorieux s’emploie à le traduire pour une publication vers la fin de l’année, mais et en attendant, grâce aux éditions Racine et à la princesse Marie-Gabrielle de Savoie, la fille de la reine Marie-José et détentrice des droits, le livre a déjà été réédité en français. Il devrait être promis à un beau succès de librairie…

La grande Histoire vue du côté de la famille royale

De fait, ces Mémoires publiés en 1971, soit six ans après la disparition de la reine Elisabeth, sont un précieux témoignage pour les historiens. La reine Marie-José d’Italie, qui avait déjà démontré par le passé des talents d’écriture en rédigeant plusieurs ouvrages consacrés à l’histoire de la Maison de Savoie, s’est en effet basée sur la correspondance de ses parents, les carnets intimes de la Reine comme les carnets de guerre du Roi-Chevalier, pour retracer fidèlement, « au plus près de la vérité », estime sa fille, la Belle Époque, le changement de règne et le déroulement de la Première Guerre mondiale selon l’angle de la Famille royale. Elle s’est aussi servie de son excellente mémoire pour narrer des anecdotes de famille qui nous permettent de suivre, depuis les coulisses, la grande Histoire par le biais de la petite. C’est ce qui rend cet ouvrage extrêmement abordable pour le grand public et lui permet de participer au plus près à la vie de famille du troisième Roi des Belges. Marie-José nous raconte d’abord la rencontre de ses parents – un prince héritier de Belgique et une duchesse en Bavière –, les fiançailles, le mariage, avec des extraits de lettres passionnées, prouvant s’il le fallait qu’il s’agissait d’un amour véritable et sans cesse grandissant. La montée sur le trône après le décès de Léopold II et les doutes qui assaillent Albert Ier – « Je suis vraiment accablé par l’avenir particulièrement difficile qui se présente à moi, difficile par lui-même en raison de la complexité de la vie désunie du pays, difficile surtout par mon manque de préparation. (…) Je ne puis le dissimuler, le moment est venu pour moi de travailler jusqu’à crever pour acquérir, non pas une capacité, ce qui est impossible, mais un savoir suffisant pour exclure du moins le ridicule de la fonction que la fatalité doit m’infliger » – écrira-t-il à Elisabeth. Leur fille Marie-José utilise également ses souvenirs d’enfance pour raconter l’éducation des petits princes à la difficile école des rois, que ses frères, le futur Léopold III et le prince Charles, futur Régent du Royaume, ont dû suivre. L’exigence, la rigueur dans le travail que leur imposait Albert Ier. Avec Marie-José, nous pénétrons dans l’univers très formel du château de Laeken, mais aussi dans le palais de la rue de la Régence (aujourd’hui occupé par la Cour des Comptes), à savoir chez les grands-parents de l’auteure, le comte et la comtesse de Flandre. “Bonne-Maman Flandre”, toujours entourée de ses trois loulous de Poméranie, était la gentillesse incarnée, même quand les princes enduisaient les chiens de beurre et que ces derniers graissaient tout sur leur passage, jusqu’aux froufrous des dames d’honneur !

Marie-José sera reine… pendant un mois

L’ouvrage est aussi un précieux document sur les années de guerre, la retraite de l’armée belge, le retranchement derrière l’Yser et la vie de famille quand même dans une maison de La Panne reconvertie en (modeste) palais royal de campagne dans ce dernier et irréductible morceau de Belgique libre. Ce sont encore les études en Angleterre pour les garçons, la découverte de l’Italie, pour Marie-José, et une instruction poursuivie dans un institut pour jeunes filles en Toscane. C’est aussi la première rencontre, à l’âge de 13 ans, avec son futur époux, Umberto, promis au destin de roi d’Italie, alors que l’Italie est peu à peu gagnée par le fascisme de Mussolini. Umberto ne sera finalement roi que pendant… 35 jours, en 1946, avant l’instauration de la République ! On le surnomme d’ailleurs le Roi de Mai. Il s’éteindra en exil en Suisse en 1983. Marie-José est quant à elle décédée en 2001 également dans le canton de Genève. Son formidable recueil de souvenirs se lit comme un roman, avec la rigueur d’un livre d’histoire !

“Albert et Elisabeth, mes parents”, par Marie-José de Belgique, éd. Racine, 320 p., 29,95 euros.

Double exposition au château de Rumbeke consacrée au roi Albert Ier, ainsi qu’à la campagne de 1914, Moorseelsesteenweg 2, 8800 Roeselare (Roulers). Infos http://stillegetuigenstichting.be/fr/

La princesse Marie-Gabrielle de Savoie : « Elisabeth était une grand-mère merveilleuse ! »

« Je suis ravie que l’on s’intéresse à ce livre et qu’on ait souhaité le rééditer. Je le trouve très bien, très proche de la vérité, même s’il n’y a pas assez d’anecdotes à mon goût », nous explique la princesse Marie-Gabrielle de Savoie, la fille de la reine Marie-José d’Italie et la petite-fille du roi Albert Ier. Un Roi qu’elle n’a hélas pas pu connaître… « Il est mort avant ma naissance. Par contre, j’ai bien connu ma grand-mère, la reine Elisabeth. Elle venait souvent chez nous en Italie. Baudouin et Albert sont également venus passer des vacances chez nous quand la reine Astrid est morte. Je suis aussi venue à Bruxelles, mais sur le tard. J’ai notamment assisté au dernier bal de la Cour en 1958. »

Fascinée par ses récits de voyage

« J’ai beaucoup de respect pour la reine Elisabeth, c’était une femme extraordinaire. C’était aussi une grand-mère merveilleuse. Je l’aimais beaucoup, car elle m’écoutait et était patiente, bien plus que ma mère ! Quand je me plaignais, elle était très maternelle. Mais elle avait aussi beaucoup d’humour, un sens inné de la repartie. Et elle racontait bien ses souvenirs. Je me souviens avoir été fascinée par son voyage en Égypte. Vous vous rendez compte qu’elle a pu visiter le tombeau de Touthankamon à son ouverture, en compagnie de Howard Carter ! D’ailleurs, elle a été malade ensuite. Mais, rassurez-vous, elle n’a pas été victime de la fameuse malédiction du tombeau, elle n’a pas été piquée par la mouche blanche (27 visiteurs sont décédés peu de temps après leur venue dans le tombeau, ce qui a entraîné les rumeurs de malédiction, ndlr). Elle a juste pris froid à cause de la différence de température (rires). Je me souviens aussi de son voyage aux Indes. Elle s’est trouvée à Bénarès au moment où un maharadjah se mourait. Il a fallu le transporter à toute vitesse de l’autre côté du fleuve avant qu’il meure, sinon il se serait réincarné en âne ! » Par contre, la reine Elisabeth s’est toujours montrée discrète au sujet du roi Albert. « Elle en parlait peu. Je crois que cela l’attristait. Vous savez, elle l’a aimé énormément. Il suffit de lire les lettres qu’ils s’échangeaient. Ce fut un véritable grand amour. » La reine Elisabeth devait survivre plus de trente ans à son bien-aimé…