L’homme fort de la semaine: Nicolas Michaux

Nicolas Michaux, c’est plusieurs vies en une seule. Et autant de départs. Celui d’hier, avec la fin de son groupe, Été 67 en 2011. Né de l’amour commun de Nicolas et de Raphaël Breuer pour les Beatles et des échanges de bons sons dans la cour de leur athénée d’Ougrée. Groupe qui, de concerts en party dans le Carré liégeois, se construira une vraie notoriété dans et hors Belgique – première de Louise Attaque à Forest National ou tournée hexagonale de 2006. Il durera dix années de pleine démocratie, de discussions, de grandes joies et de grandes peines. Mais, pour avancer, il aurait fallu en changer la structure. Ce que Nicolas refuse. Alors aujourd’hui, son nouveau départ est solitaire. Mais accompagné. Car À la vie, à la mort est un album nourri. D’influences africaines, la faute à un séjour à Kinshasa pour un festival et aux rencontres faites là-bas. D’inspirations nordiques ensuite : un an au Danemark pour se poser et réfléchir à son futur musical. D’énergie bruxelloise enfin, celle de sa famille de potes musiciens qui l’entoure désormais en live.

Quand on rencontre Nicolas Michaux, chemise pull pantalon sages et feuilles de menthe en carafe d’eau devant lui, c’est l’effet gendre parfait. L’élégance intelligente, à l’image de son album, mélancolie pop et poésie lumineuse… Rien à voir avec l’énergie viscérale et la sexualité rock de son récent concert à Bruxelles en solo. La bête dans le beau. Cette dualité-là se retrouve dans son propos d’ailleurs, plus politique qu’auparavant. Car dans ses chansons, il parle aussi de notre société, surpeuplée, surconsommée, en crise, dans laquelle les îles désertes n’existent plus. La dualité est alors celle de la liberté à l’épreuve de la collectivité. Ou comment rester soi avec l’autre, les autres. En couple comme en groupe.

Un questionnement qu’il soumet aussi à sa pratique musicale, lors de l’exil danois post-Été 67. Je me suis retrouvé seul, sans rien faire alors que jusque-là, j’avais été tout le temps occupé. J’étais dans une impasse.

Un questionnement qu’il soumet aussi à sa pratique musicale, lors de l’exil danois post-Été 67. Je me suis retrouvé seul, sans rien faire alors que jusque-là, j’avais été tout le temps occupé. J’étais dans une impasse. Cette remise en question sera le chemin qui lui fait redécouvrir le plaisir de la musique, dans des créations expérimentales qu’il partage à un tout petit cercle de proches. Un processus de création fait de doute et d’inattendu, qui se prolonge à son retour en Belgique, dans des maisons prêtées pour l’enregistrement. Un inattendu que l’on surprend, au détour d’une note de Nouveau Départ, cri d’oiseau et stridence d’alarme, parce qu’il enregistrait porte ouverte et que l’alarme d’une maison du voisinage s’est mise en route. Cette liberté vivante, le chanteur la compare à celle que Pialat observait pour ses réalisations, lui qui quand il filmait un bal populaire, pour Van Gogh, recréait un vrai bal, avec des boissons, de la musique… Et capturait ce qu’il s’y passait.

Ainsi capture Nicolas l’artisan ce qui fait nos existences. Sans jamais emprisonner l’émotion des mots forteresses, mais la laissant s’évoquer en souffle sensible. À la vie, à l’amour.