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22 mars 2016: 70 témoins racontent les attentats de Bruxelles pour comprendre

«Le Soir » et le « Standaard » ont reconstitué avec précision le déroulement des événements du 22 mars 2016 pour comprendre ce qui s’est réellement passé.

Rédacteur en chef Temps de lecture: 6 min

Un mois après les attentats de Bruxelles, c’est un véritable document que Le Soir et De Standaard publient ce samedi.

En effet, pour comprendre ce qui s’est réellement déroulé le 22 mars, vingt journalistes des deux journaux ont réalisé plus de septante interviews des protagonistes. Des enquêteurs, des médecins, des pompiers, des victimes, des témoins, des politiques, des militaires, des policiers. Des gens de terrain mais aussi des responsables, publics ou privés, concernés par les attentats.

Certains ont témoigné à visage découvert, certains en « off », seuls Infrabel, la SNCB et le Premier ministre ont refusé de nous parler. A partir de cette somme considérable de témoignages parfois très forts émotionnellement, parfois très éclairants sur la gestion de la crise, nous avons reconstitué cette journée funeste pour le pays. Heure par heure, minute par minute. C’est notre part de travail pour la compréhension et le décryptage des événements qui ont plongé le pays en deuil. Et qui seront au centre de la commission d’enquête parlementaire qui a entamé ses travaux ce vendredi.

Notre mission journalistique, nous l’avons menée pour comprendre ce qu’ont vécu les victimes, pour sonder la rapidité des secours, pour interroger l’efficacité du système dans son ensemble. Que retient-on après ce mois de rencontres, de recoupements, de questionnements ?

D’abord, l’image d’une bonne organisation globale dans la gestion de l’urgence. Les soins ont été plutôt rapides et efficaces, avec un niveau de préparation correct. En fait, après le 13 novembre à Paris, la Belgique s’était préparée à l’hypothèse d’un double attentat à Bruxelles. La mobilisation des secours a été remarquable, la grande majorité de nos témoins le soulignent. Les bons réflexes étaient en place devant l’horreur des explosions. Ils ont sans doute sauvé des vies.

Ensuite, et c’est le revers de la médaille, une faille apparaît, évidente : la communication n’a pas été à la hauteur. Les réseaux mobiles saturés ont ajouté de la confusion à la complexité, alors que, somme toute, cette fragilité n’était pas une surprise. Par le passé déjà, la Belgique avait connu des problèmes du même ordre. C’est un point de travail pour l’avenir, sans conteste.

Outre cette faille, on connaît la zone d’ombre principale du dossier : le débat autour de la fermeture du métro.Pouvait-on éviter le massacre de Maelbeek si la décision du centre fédéral de crise avait été prise et/ou exécutée plus vite ? Peut-être pas, car il faut du temps pour fermer tout le réseau de métro, mais il faudra que les responsables s’expliquent devant les familles des victimes autour de ce qui n’est pas un détail : qui décide quoi et qui exécute comment ? Car visiblement, la Région bruxelloise, le centre de crise et le gouvernement fédéral n’ont pas la même vision du processus.

La sixième réforme de l’Etat a installé une zone de flou, à Bruxelles, dans la gestion des catastrophes. Un thème qui sera sans conteste au centre des travaux de la commission d’enquête. Par ailleurs, on sent poindre aussi dans les témoignages politiques certaines critiques envers la SNCB dans la gestion de l’urgence et de la fermeture des gares.

Enfin, même si certains acteurs-clé nous ont parlé avec parcimonie et prudence, laissant l’intégralité de leur version à la commission d’enquête, on n’a jamais senti que le débat se transformait en règlement de comptes (ce que craignent certains politiques durant cette commission) pour enfoncer l’un ou l’autre maillon du système. Au contraire, dans les discours, en tout cas, l’humilité est de mise, tout comme le souhait de tirer les leçons.

Au bout du compte, au-delà de ces aspects structurels, nous avons aussi, et surtout, ressenti tout au long de notre travail, beaucoup d’humanité dans les témoignages. Beaucoup de solidarité, d’empathie envers les victimes, de dévouement. On en gardera le souvenir d’une belle dignité face à la barbarie. Tout espoir n’est pas perdu.

«J’ai pleuré pendant deux jours dans les bras de ma femme» : extraits des témoignages

Tim Huysmans: « Une drôle d’odeur chimique dans l’air »

Tim Huysmans est inspecteur principal au service interventions et appui opérationnel de la police de Bruxelles-Ixelles. Le travail collectif a permis, selon lui, de réagir rapidement et efficacement. « Il y avait une drôle d’odeur chimique dans l’air. Il paraît que c’est typique après une explosion. C’est ce qu’on m’a dit par la suite, surtout avec une bombe comme celle-là. Dans la rame, il n’y avait presque plus personne. Tous ceux qui pouvaient étaient déjà partis. Ceux qui restaient étaient inconscients ou ne pouvaient plus bouger. A gauche et à droite, il y avait des morceaux de corps humains. On voit bien que c’est ça, mais on n’y prête pas trop attention. (...) Les émotions sont arrivées par la suite. Ce n’est qu’après, une fois rentré chez moi, que tout est sorti. Pendant deux jours, j’ai pleuré dans les bras de ma femme ».

André le Pas: «Pourquoi n’ont-ils pas arrêté le métro?»

André le Pas était dans la même rame de métro que le terroriste. Blessé lors de l’explosion mais conscient, il a été témoin des réactions des autres navetteurs. « En une fraction de seconde, tout est devenu subitement clair, puis tout noir. Il y a eu comme un calme terrible, irréel. J’ai pris le souffle, ce «blast» qui m’a percuté. Je ne savais pas respirer. Mais j’avais, heureusement, toute ma tête. J’ai vu, devant moi, mes deux voisines en vis-à-vis, deux dames d’une trentaine d’années, qui sont sorties par la fenêtre et sont remontées sur le quai opposé. J’avais enlevé ma casquette juste avant l’explosion, j’étais brûlé au deuxième degré au crâne. Je saignais un peu du visage. Mes tympans étaient atteints. Mais j’avais tous mes morceaux : j’étais entier. »

Fabienne Snappe: «Nous étions prêts et frustrés de ne pouvoir agir plus»

Fabienne Snappe est infirmière en chef aux urgences des cliniques St-Luc (UCL). Elle a dû respecter une organisation extrême pour faire face à l’afflux des victimes, malgré la menace encore existante. « Quand les premiers blessés arrivent, tout le monde a envie d’aider directement, mais les soignants doivent rester dans leur zone, car d’autres blessés vont sans doute arriver très vite. Sinon, on risque vite, dans l’émotion de courir comme des poules sans tête ! Ce qui est aussi précieux, c’est le travail de soutien psychologique de crise, qui prend en charge les patients, mais aussi les familles. »

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