Bruxelles: la Grand-Place était en fête un mois après les attentats (vidéo)

« J’avais super envie de participer mais quand j’ai senti comme il faisait froid ce matin, j’ai failli renoncer » rigole Sarah. Elle est pourtant là, avec plusieurs centaines d’autres, sur la Grand-Place de Bruxelles, en train de faire la fête après plusieurs heures de slow walk à travers les rues de la capitale. Le principe ?

Cinq groupes de participants démarrent à 11 heures de cinq lieux différents : Porte de Hal, Porte de Namur, Botanique, Yser et Porte de Ninove. Sous la direction de la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker, à l’origine de l’idée, ils vont progresser dans la ville à vitesse extrêmement réduite. Environ 5 mètres… par minute. Une manière d’aller à l’encontre de la folie urbaine et de l’agitation permanente pour se réapproprier la ville. Une action devenue encore plus forte et symbolique un mois après les attentats.

« C’est cette lenteur qui m’effrayait un peu, reconnaît Sarah. J’avais peur d’être frigorifiée. Heureusement, ma copine Luna m’a convaincue. ». Il est déjà près de midi quand les deux jeunes filles se décident à rejoindre une des cinq marches lentes pour rejoindre la Grand-Place. Comme elles, de nombreux participants ont joué le jeu par intermittence. « Il y avait plus ou moins cinquante personnes en permanence dans chaque groupe, explique Hans Galle de la compagnie Rosas, organisatrice de l’événement. Mais les gens allaient et venaient et les groupes grossissaient à l’approche du but. À la fin, il y avait plutôt une centaine de personnes par groupe. »

Véritable fête de la danse sur une Grand-Place noire de monde

Si certains pensaient se livrer à de petits ballets improvisés sur la chaussée, tout le monde a rapidement compris que tel n’était pas le but. Depuis des années, la chorégraphe travaille sur certaines actions de la vie quotidienne qu’elle transforme en véritable danse. Ici, il s’agissait donc simplement de marcher aux côtés des danseurs de la compagnie Rosas répartis dans les différents groupes. Marcher lentement. Si lentement que le mouvement devenait danse sous les yeux de passants interloqués face à ces étranges processions.

« Au début, on rigolait un peu, avoue Luna. C’est curieux d’être là au milieu de la ville, en pleine journée, avec tous ces gens qui vont et viennent et qui vous regardent comme des phénomènes. Un type nous a demandé contre quoi on manifestait. Il ne comprenait pas pourquoi on n’avait ni pancarte ni slogan. On lui a expliqué et il nous a accompagnés quelques minutes puis nous a dit qu’il devait filer à son boulot. En fait, au départ, on se rassure en papotant, en rigolant. Mais très vite, sans même s’en rendre compte, le silence s’installe. Il y a une vraie concentration. Et là c’est génial, tu es à la fois hors de tout, hors du temps et complètement présent au monde. »

En plus ou moins cinq heures, chaque groupe a fini par rejoindre le centre de la ville pour participer à un workshop avec Anne Teresa De Keersmaeker. Une prolongation de la slow walk qui s’est toutefois rapidement transformée en véritable fête de la danse sur une Grand-Place noire de monde.

C’était un déchaînement total

« C'était magique, s'enthousiasme Pascale attablée à une terrasse de la Grand-Place. Notre groupe partait de la porte de Namur et on est très vite rentre dans le truc. C'est très étrange parce qu'on est en dehors du temps, au ralenti, et tout autour la vie continue à vitesse normale. On entre vraiment dans une sorte de méditation. », a témoigné Pascale De Moyer.

« A l'arrivée sur la Grand-Place, Anne Teresa a géré les choses de manière incroyable. Avec une autorité très douce pour nous faire faire une série d'exercices pour sortir doucement de cet état d'apesanteur. Et quand ils ont balancé «  Let's dance » dans les baffles, ça a été un déchaînement total. Je n'aurais jamais osé danser aussi librement dans un tel lieu, au milieu des touristes dont certains nous rejoignaient, s'il n'y avait pas eu ces cinq heures au ralenti auparavant. Là, il est presque 19h et je suis encore sous le charme rien qu'en en parlant.  », a-t-elle ajouté.

L’histoire ne dit pas si les slow walkers d’un jour sont ensuite rentrés à pied…