Une semaine de répit pour les sans-abri

Le même scénario se répète chaque année : à la fin de l’hiver, le Samusocial de Bruxelles, qui héberge durant la mauvaise saison les familles et les personnes sans-abri (jusqu’à 1.200 personnes par nuit cet hiver !), est obligé de libérer ses chambres occupées. En conséquence, les adultes et les enfants qui y ont séjourné durant plusieurs mois se retrouvent – pour la plupart – à la rue.

Ce scénario devait se reproduire une nouvelle fois ce lundi, date qui marquait la fin du plan hivernal. Mais ce ne sera finalement pas tout à fait le cas : un répit d’une semaine a été accordé à une centaine de familles.

Cette décision a été prise suite à une manifestation organisée spontanément ce lundi matin rue du petit rempart par des familles tout juste de retour à la rue. Une petite centaine de personnes était présente. Surtout des parents avec leurs enfants, parfois très jeunes. Ces familles étaient logées par le Samusocial rue du petit rempart. D’autres sans-abri venaient du centre de la rue Royale, également fermé depuis lundi (un centre de 300-350 places).

Victoria est l’une des mamans concernées par la fin du plan hivernal : « On savait que le plan hivernal prendrait fin, mais on nous avait dit qu’on nous aiderait à trouver une solution. On n’a aucune idée de ce que l’on va faire. On va peut-être dormir cette nuit sur le terrain de basket de l’autre côté de la rue. »

Les familles qui ont été mises à la rue lundi ont des profils différents : il y a des familles roms, des familles européennes, des familles non européennes, des demandeurs d’asile déboutés, beaucoup de sans-papiers. Des Belges aussi, explique la Plate-forme mineurs en exil, présente ce lundi aux côtés des familles.

Bernard De Vos, délégué général aux droits de l’enfant était également présent pour demander au Samusocial, mais aussi (surtout) aux cabinets ministériels principalement concernés (ceux de Céline Fremault et de Pascal Smet) de trouver une solution pour ces familles. C’est un message qu’il martèle chaque année, à la fin du plan hivernal, mais qui a pris, cette année, un caractère particulier, avec la météo des derniers jours…

Une solution a finalement été proposée par les cabinets en question. Mais elle sera de courte durée : le Samusocial (qui est sous la tutelle des cabinets Fremault et Smet) va garder 110 places ouvertes, rue du Petit Rempart, une semaine de plus. Mais ces places ne seront accessibles qu’en soirée. C’est-à-dire que les familles devront appeler chaque jour à 18 heures le Samusocial pour savoir si, oui ou non, elles bénéficieront d’un endroit où dormir le soir même.

Autre solution, qui était de toute façon prévue : transférer plusieurs familles vers un centre du Samusocial à Woluwe-Saint-Lambert, qui compte 130 places d’accueil spécialement dédiées aux familles sans-abri.

Par contre, la semaine prochaine, dès lundi matin, la situation va se répéter. Les familles provisoirement sorties d’affaire se retrouveront une nouvelle fois à la rue. « C’est difficile pour nous mais malheureusement, nous devons faire des choix, signale la porte-parole du Samusocial, Lucie Moers. On est obligés, à la fin du plan hivernal, de redevenir des centres d’accueil d’urgence pour les personnes vulnérables : les malades, les personnes âgées, les femmes seules, surtout si elles sont enceintes… »

La Plate-forme mineurs en exil regrette cette obligation pour le Samusocial d’arrêter l’accueil à la fin du plan hivernal. La Plate-forme plaide pour « un accueil organisé toute l’année pour les familles qui n’ont pas de solution de logement ».

Au cabinet de Céline Fremault (ministre bruxelloise CDH du Logement et de l’Aide aux personnes), on explique bien que l’accueil de ces familles a été allongé jusqu’au 2 mai « à titre humanitaire ». Mais qu’à terme, l’objectif n’est pas de les accueillir toute l’année, notamment pour ne pas créer de dépendance. La solution, pour le cabinet (régional) de Céline Fremault, se trouve du côté du fédéral et de Theo Francken (secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration). « Tant que le fédéral laisse ces personnes dans le flou au niveau de leur statut, on ne peut pas les aider. Sans papiers, il est impossible de faire de l’insertion, et les papiers, ce n’est pas nous qui les délivrons. »

Au cabinet de Theo Francken, on répond que « oui, c’est un peu notre compétence », mais que l’accueil des familles en séjour illégal est encore autre chose que de régulariser des statuts.

Régions et fédéral se renvoient donc la balle. Cette partie de ping-pong dure depuis des années, explique Bernard De Vos, qui ajoute que : « Tant qu’il n’y aura pas d’accord entre le régional et le fédéral dans ce dossier, la situation va s’éterniser. »