Une étonnante découverte sur la carte Mobib

P our les données de la carte Mobib, je vais transmettre votre dossier à la Stib ». Après plus d’une heure d’interview dans le véhicule de la Stib affrété pour l’occasion par BX1 au Musée du tram, le ministre de la Mobilité Pascal Smet (SP.A) n’a pas l’air fatigué de causer. Il assure même le service « après-vente » auprès des cinq étudiants de l’ULB qui l’ont cuisiné sur les pans méconnus de la mobilité dans la capitale. Ceux-ci sont sinon totalement convaincus par ses réponses en tout cas unanimes à l’heure du bilan : Pascal Smet, « est un très bon communiquant »

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« Préférable de passer par le privé »

Un peu stressés avant de monter à bord pour leur face à face avec le ministre, Corentin Bossut, Alice Ringot, Anne-Laure Moumal, Jean-Charles Delepinne et Ziad Benayed vont rapidement trouver leurs marques et défendre les conclusions de leur enquête.

C’est Corentin qui ouvre le bal avec la problématique des PPP, les partenariats publics privés pour financer des projets, au rayon mobilité en l’occurrence. « Vous qui avez participé au montage de projets comme Villo ou pour la rénovation du tunnel Léopold II, pourquoi opter pour un partenaire privé plutôt que pour le service public ? », interroge le jeune homme.

Le ministre jure n’avoir aucune religion en matière. Le Léopold II, dit-il, est un dossier complexe tant par les travaux à réaliser que par son financement. « Il peut-être préférable qu’un privé spécialisé, via ses experts et ses entrepreneurs, s’occupe du projet du départ à la conclusion en passant par la maintenance car si on passe par le public, ce ne sont de toute façon pas les fonctionnaires qui vont réaliser les travaux ».

Quant à Villo, il n’y avait pas d’alternative estime l’élu SP.A. « à l’époque, aucun politique bruxellois n’était prêt à investir dans le vélo partagé, la seule manière de le financer était donc de passer par la publicité ».

Un contrat de gestion secret

L’étudiant journaliste pointe alors une autre particularité des PPP : la confidentialité et le secret entériné par le droit des affaires. « Trouvez-vous normal, d’un point de vue démocratique, qu’il y ait un tel silence sur les actions de l’État ? » interroge Corentin.

Le contrat de vélo est connu, répond le ministre. « Oui mais le contrat de gestion est secret », insiste Corentin. « Effectivement, il peut y avoir une forme de prudence notamment pour des raisons de concurrence et de compétition entre sociétés mais en réalité les grandes lignes sont connues et les parlementaires ont le droit de poser toutes les questions ».

Pour conclure, l’intervieweur souligne que le ministre a annoncé le début des travaux du Léopold II en 2018 alors que celle qui l’a précédé, Brigitte Grouwels (CD&V), avait annoncé la même chose pour… 2014 et 2016. «  On ne peut plus attendre, le plan est prêt et nous allons le faire », promet Pascal Smet.

Des informations qui n’auraient pas dû y être

Avec son groupe, Alice a planché sur le contenu de la carte Mobib. Et l’étudiante d’interroger le ministre sur un éventuel manque de transparence en termes de conservation des données. « Toutes les précautions sont prises pour respecter la vie privée, si des données sont gardées elles le sont de manière anonyme, par contre sur la carte elle-même les cinq derniers déplacements sont gardés de manière à vérifier que vous avez bien payé votre voyage ».

À l’aide d’un logiciel, les journalistes sont toutefois parvenus à craquer une Mobib dans les fichiers de laquelle ils ont retrouvé des informations remontant à près de six mois. Soit bien plus que les derniers déplacements.

Et Pascal Smet de retourner la question en soulignant le rôle plus qu’intrusif de certains moteurs de recherche voire de sociétés qui via les smartphones stockent les données personnelles et les déplacements mais les monétisent en outre via la pub. « La Stib n’utilisera jamais commercialement ce type de données ».

Pas faux, certes mais le public doit donner l’exemple, ce que reconnaît Pascal Smet qui s’engage à interroger la Stib à ce sujet, « même si aucune plainte ne m’est parvenue jusqu’ici ».