Harcèlement sexuel: Defraigne, Onkelinx et Frémault témoignent

L’affaire Baupin a délié les langues en France, amenant différentes personnalités à réagir, à révéler des faits dont elles-mêmes ont été victimes. C’est le cas de l’ancienne ministre française Monique Pelletier, qui a raconté avoir été agressée sexuellement voici 37 ans par un sénateur. Un témoignage qui n’est pas passé inaperçu en Belgique, auprès de Christine Defraigne, 54 ans, la présidente du Sénat. Elle a aussi des choses à dire aujourd’hui. « Ce témoignage m’a bouleversé. Il m’a noué l’estomac, parce que je peux mesurer ce que Monique Pelletier a vécu. Cela m’a rappelé ce j’ai subi moi-même », confie-t-elle à “Soir mag”. « J’ai fait l’objet de trois faits de harcèlement, les deux premiers n’étant pas liés à ma carrière politique puisqu’étant survenus lorsque j’étais jeune avocate. J’avais alors entre 25 et 30 ans. J’ai vécu deux fois une situation profondément désagréable que j’ai dû gérer toute seule. Je me suis retrouvé à deux reprises face à des collègues avocats, plus vieux que moi, ayant pignon sur rue, et qui m’ont piégé. Les deux fois, cela a tourné à la lutte quasi physique. J’ai dû repousser, fermement, physiquement, ce qui était au-delà de simples avances. J’ai dû en venir aux mains pour me dégager. Je n’ai pas porté plainte. Et je n’en ai pas parlé, hormis à ma mère. Après autant d’années, c’est la première fois que j’en parle publiquement. Et je ne citerai pas de nom. J’ai assumé, en réagissant avec le caractère qui est le mien. Mais 25 ans après, je me souviens avec beaucoup de netteté de ce qui s’est passé. Ai-je bien fait en ne portant pas plainte? Je ne sais pas. C’est bizarre, mais vous avez toujours en vous un sentiment de culpabilité. Sans doute réagirai-je différemment aujourd’hui ne portant plainte immédiatement. Je n’ai pas été violée mais c’est quelque chose que j’ai vécu presque comme si je l’avais été. C’était un rapport de force avec ces hommes qui essayaient de profiter d’une jeune avocate.» La troisième agression vécue par Christine Defraigne est plus récente. Elle raconte : « Cela s’est passé il y a une dizaine d’années lors d’un voyage de parlementaires à l’étranger. On était dans un avion, je dormais. Je me suis réveillée en sursaut : mon voisin, un fonctionnaire de la délégation, me touchait avec ses mains baladeuses ! L’homme était no limit ! »

D’autres personnalités politiques qui ont accepté de se confier à « Soir mag », notamment Laurette Onkelinx et Céline Frémault.

«Personnellement, je n’ai jamais eu de problème de harcèlement en Belgique, mais bien à l’étranger lorsque j’étais ministre», explique de son côté la députée Laurette Onkelinx, 57 ans, cheffe de groupe socialiste à la Chambre. «J’ai effectivement dû subir des comportements lourds de collègues ministres à l’étranger lors de voyages en Europe et en Afrique du Nord. Cela s’est passé lorsque j’étais ministre de l’Éducation et puis ministre de la Justice. J’ai été poursuivie par des ministres, parfois même jusqu’en Belgique où ils continuaient à me harceler par téléphone!»

Céline Frémault, ministre bruxelloise CDH : « Depuis mon entrée en fonction en tant que députée en 2004, j’ai fait les frais, comme de très nombreuses femmes, de blagues ou de remarques sexistes. J’ai toujours eu tendance à répondre de façon cinglante mais sur le ton de l’humour comme pour montrer que cela ne me touchait pas. Depuis quelques années, je réponds de façon toujours aussi cinglante mais en ne prenant plus ça à la légère. La réprobation par l’humour est un leurre, cela revient presque à accepter ce sexisme de salon. »

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