Hildegard von Bingen, une abbesse à la rencontre de la modernité

Ce festival, à ne pas rater, constitue un des grands chocs émotionnels de la saison de Bozar Musique. C’est de son bateau que son concepteur nous en entretient

Temps de lecture: 3 min

Jérôme Giersé est actuellement aux îles Fidji, sur le chemin de retour d’un tour du monde qui lui a permis d’entreprendre de nombreuses activités de pédagogie musicale avec des populations très variées. Il nous décrit l’incroyable personnalité d’Hildegard von Bingen, cette abbesse du XIIe siècle à laquelle il consacre une journée spéciale sur la musique du Moyen Age, le 21 mai prochain.

Hildegard von Bingen, née en 1098, fonde en 1147 l’abbaye bénédictine de Rupertsberg dont elle restera l’abbesse jusqu’à sa mort, à 82 ans. Au-delà de son parcours de mystique qui lui a valu d’être la 4e femme reconnue « docteur de l’Eglise » sur décision de Benoît XVI, elle a aussi développé des activités de littérature, linguistique, botanique, médecine et musique. C’est autour de son activité de compositrice que s’articule cette soirée.

Comment avez-vous conçu ce festival ?

Dans la continuité de la première session mais en concentrant les trois concerts sur une seule soirée. A partir du moment où je voulais me focaliser sur une seule personnalité, celle d’Hildegard von Bingen s’imposait. Elle fut en effet une des premières compositrices à oser affirmer sa propre personnalité au travers de la musique grégorienne.

La multiplicité de ses centres d’intérêt en fait un personnage très moderne…

Par son originalité et son acharnement sans doute, mais n’oublions pas que, fondamentalement, c’est avant tout une mystique et sa sensibilité mystique exacerbée reste à la base de sa polyvalence. La science est le reflet du divin sur terre. La divinité est le tout auquel toute chose se réfère. Tout cela la conduit à dépasser les connaissances du commun. C’est une grande botaniste et son traité fait référence, mais sa recherche médicale l’amène aussi à étudier la mélancolie, nom ancien de ce que nous appelons la dépression et qu’elle explique comme une conséquence du péché originel. Même sa langue reflète son mysticisme.

Même quand elle invente une nouvelle langue ?

Absolument. Sa lingua ignota est construite sur des données mystiques.

Quel est à l’époque le rôle d’une grande abbaye ?

Il y a peu de communication. L’abbaye est donc une base d’un rayonnement considérable. Son autorité est capitale. Mais les grands ouvrages voyagent : un des grands recueils de von Bingen arrive à Villers-le-Ville. Aujourd’hui encore le Dendermonde Codex constitue une des grandes sources pour sa musique.

Ce qui frappe à l’audition de cette musique, quand même tirée du grégorien, c’est son indéniable sensualité…

C’est la grande liberté que s’autorise Hildegard von Bingen. Mais elle est parfaitement explicable par ses racines mystiques : les mystiques entretiennent avec le divin des relations de proximité, d’attirance qui ne manquent pas de sensualité, voire d’érotisme, ce qui conduira, quelques siècles plus tard en Espagne, certains d’entre eux sur les bûchers de l’Inquisition.

Qu’est-ce qui vous a amené à y associer Galina Ustvolskaya ?

Tout d’abord, c’est une démarche de base du festival d’associer la musique contemporaine à la musique médiévale. Nous sommes dans deux périodes où l’on tente de créer quelque chose de nouveau au-delà des acquis d’une tradition. Et Ustvolskaya, qui est une compositrice très moderne, presque brutale, admet volontiers l’influence religieuse qui imprègne sa musique tout en lui niant toute dimension de musique religieuse.

 

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