«Demain» booste les initiatives citoyennes

Mercredi soir, ça bourdonne au Quatre-Quarts. Ce charmant lieu de rencontre et de restauration de Court-Saint-Etienne, ancienne gare du bourg brabançon wallon, s’est mué en QG du mouvement citoyen de la Transition. Ils sont une trentaine, âgés entre 20 et 60 ans, mus par la volonté de faire prendre à leur village un tournant durable. Répartis en six groupes, les idées fusent. Même sur ce sujet ô combien peu sexy qu’est la définition de l’organisation du mouvement.

La naissance de ce dernier est le fait du film Demain. Sur son site internet, le mouvement, né en Grande-Bretagne en 2006, explique vouloir « anticiper les chocs majeurs à venir », comme « le changement climatique, la fin de l’énergie bon marché, la fin de la croissance économique ». En sortant du cinéma, Julien Lesceux a décidé d’amorcer la Transition à Court-Saint-Etienne. La petite trentaine, Stéphanois depuis deux ans, ex-publicitaire, il s’est reconverti en éco-conseiller. Ses deux affiches, des invitations à se réunir pour évoquer la Transition, apposées aux devantures de commerçants alternatifs ont fait mouche.

3.000 initiatives de Transition

La première réunion fut un succès. Quelque 110 personnes se sont attablées au Quatre-Quarts pour rêver le devenir de leur village et envisager quelques pistes concrètes. 95 % d’entre elles ont vu Demain et ont ressenti un énorme espoir de parvenir, grâce à la collectivité, à amener le monde dans une course plus verte et humaine. « Les retours sont incroyables, note l’initiateur de cette déferlante citoyenne. Je ne reçois que de l’énergie positive. »

A ce jour, plus de 3.000 initiatives de Transition ont vu le jour. Rien qu’en Wallonie, on en compte 50. Et une dizaine d’entre elles ont vu le jour depuis le film Demain. Cyril Dion et Mélanie Laurent y mettent le focus sur des groupements de citoyens qui ont mis sur pied des actions durables (potagers collectifs, monnaie locale, recyclage des déchets etc). Tous visent à construire une société indépendante du pétrole, de façon à la rendre plus résistante aux crises qui la traversent.

Après la première rencontre, où l’on a rêvé le futur du village, vient la seconde, où les Stéphanois envisagent la façon de concrétiser ces envies. Pas question d’appliquer ici le système hiérarchique vertical conventionnel. Il n’y a pas de chef. Chacun s’exprime au travers de sous-groupe et les décisions sont prises collectivement. Si ce processus est lent, il devrait néanmoins permettre l’adhésion de chacun au projet.

Cela n’empêche, Lætitia trépigne. Elle est impatiente de mettre les mains dans le cambouis. Ou plutôt dans la terre. Elle veut en effet s’investir dans l’alimentation durable. Du concret, vite ! « Mettre rapidement des actions en place, c’est motivant. Et gratifiant aussi, car on montre par là que ce mouvement de la Transition, ce ne sont pas que des belles paroles, justifie-t-elle à l’assemblée. Et puis la visibilité qu’apportent les actions concrètes permet de faire connaître le projet et de rallier d’autres gens à notre projet. » Lionel, la trentaine, qui a déjà vécu une expérience de Transition à Madère, rejoint son empressement.

Des collaborations se tissent

Si la frustration gagne ainsi certains, d’autres se félicitent au contraire de la tenue du processus. « On se connaît à peine, mais on est parvenu à se réunir, à se parler et à s’écouter durant plusieurs heures. C’est un véritable défi qu’on a réussi », précise Philippe, avant d’être applaudi par l’assemblée citoyenne. Ce processus démocratique a fait émerger quatre grandes thématiques sur lesquelles concentrer désormais son énergie.

A Braine-l’Alleud aussi, Demain a cristallisé des envies communes de changements. Une page Facebook a été créée. Un raz-de-marée. En trois jours, plus de 100 villageois ont adhéré à l’idée de créer une initiative de Transition dans la bourgade. « Vu l’engouement, on s’est précipité pour mettre sur pied une première réunion : 72 personnes étaient présentes », se remémore Fanni Roussel. Eco-conseillère diplômée en 2015, elle ne ménage pas ses efforts. C’est l’équivalent d’environ une journée par semaine qu’elle consacre aux réunions, au travail administratif, à la recherche de contacts. « Il faut être investi pleinement. » Et ça paie. Le réseau se structure à vitesse grand V. Un groupe pilote de six personnes a vu le jour, alors que d’autres se forment autour de thématiques précises. Favoriser les circuits courts et le bio a résolument le vent en poupe. Et vu qu’on est plus fort à plusieurs, des collaborations se tissent avec d’autres initiatives de Transition des environs. L’intelligence collective est en marche.