L’investissement citoyen qui rapporte

Investir dans les énergies renouvelables et en tirer des bénéfices, tel est le pari proposé par les initiateurs de la coopérative à responsabilité limitée (SCRL) Energiris. Lorsque nous l’avions rencontré il y a un peu plus d’un an (Le Soir du 22 avril 2015), l’administrateur délégué de la société, Ismaël Daoud, se disait ainsi persuadé qu’il était possible d’attirer des investisseurs en leur promettant en outre des temps de retour parfois assez courts.

Le public visé ? Monsieur et Madame Tout-Le-Monde ou en tout cas celles et ceux ayant de l’argent dormant sur un compte d’épargne dont le rendement est des plus faibles.

Pari réussi ? « Nous venons de boucler notre premier exercice comptable et grâce aux projets que nous avons financés, nous sommes en positif et nous avons donc décidé de redistribuer la moitié de notre bénéfice sous forme de dividendes équivalant à 3 %. » Rappelons que les investissements proposés vont de 250 à 5.000 euros. Trois pour cent, tel était le premier palier que s’étaient fixé les gestionnaires d’Energiris. « Nous aimerions monter à 4, 5 et ensuite à 6 %, le maximum, poursuit Ismaël Daoud, et ce, d’ici trois ou quatre ans, ce qui ne sera pas évident sachant que les taux d’intérêt sont faibles ».

Dès le démarrage, Energiris a séduit nombre de citoyens, 105 citoyens ayant décidé d’investir dans le capital d’Energiris. Ils sont actuellement 202. « Le bouche-à-oreille fonctionne super bien. » La plus grande difficulté a en fait consisté à dégotter de bons projets. « Nous sommes assez exigeants avec des projets rentables qui ne comportent pas trop de risques mais qui soient aussi une belle histoire à raconter aux citoyens. On imaginerait mal financer des panneaux photovoltaïques pour Coca-Cola, par exemple. »

Pas de souci par contre en ce qui concerne la pose de panneaux photovoltaïques dans une commune ou encore l’installation d’une chaudière en cogénération à la Basilique. « Il y a quelques jours, nous avons atteint notre premier million d’euros de projets que nous avons financés à hauteur de près de la moitié, soit 464.000 euros, l’autre partie étant prise en charge par une banque ou un investisseur privé. »

Pour l’avenir, des offres ont été remises à concurrence de 5 millions d’euros. « Il y a beaucoup de photovoltaïque, une rénovation de chaufferie dans un logement collectif de 430 appartements à Anderlecht. » Nouveauté : Energiris voit désormais plus loin que la frontière régionale. « Nous sommes en discussion pour financer deux projets photovoltaïques en Région wallonne. Nous avons également une mission de consultance avec la ville de Mouscron qui souhaite créer un copié-collé d’Energiris. » Une coopérative au sein de laquelle la ville serait partie prenante (minoritaire) et qui serait basée sur le photovoltaïque et la rénovation de logements sociaux. L’engouement est donc là, des communes comme Saint-Hubert et Donceel ayant également marqué leur intérêt. « Du coup durant un an, nous avions beaucoup de citoyens en attente de pouvoir investir et aujourd’hui, on se retrouve avec énormément de projets », rigole l’administrateur délégué.

On le sait, finances en rade obligent, nombre d’établissements scolaires sont aujourd’hui à la peine lorsqu’il s’agit d’investir dans la rénovation de leurs bâtiments. Une situation qui n’a pas manqué d’interpeller les responsables de la coopérative qui ont décidé de passer à l’action dans le cadre d’un projet pilote mené à l’école Plein air, à Uccle. « C’est assez novateur puisque ce sont les citoyens qui investissent directement dans la rénovation énergétique de l’établissement. » 150.000 euros seront consacrés à cette initiative. Une somme qui sera remboursée dans les dix ans avec une petite marge grâce aux économies sur la facture énergétique. « On va capter 174.000 euros avec un retour qui permettra de donner un dividende. 24.000 euros, ce n’est pas beaucoup mais pour les écoles, nous ne souhaitons pas être trop exigeants en termes de rentabilité. »

Le contrat a été passé le 15 mars, Energiris se chargeant actuellement de rédiger le cahier des charges avant de lancer l’appel d’offres. De l’audit énergétique à la livraison du chantier en passant par la campagne de crowdfunding, Energiris prend tout en charge. « L’école n’a plus rien à faire, nous réalisons la mission de A à Z. Le contrat court sur douze ans mais nous travaillons en toute transparence, s’il y a plus d’économies que prévu, alors on réduit la durée, l’école est donc intéressée car en réalisant des économies, elle nous met dehors plus vite ». Dans le cas contraire… « On peut prolonger jusqu’à quinze ans et au-delà, c’est qu’on s’est bien trompé et tant pis pour nous. »

La formule sera testée avant le cas échéant d’être proposée à d’autres directions. « Si on généralise à toutes les écoles, il y en a pour un milliard d’investissement », imagine déjà Ismaël Daoud.

Le directeur : « C’est presque miraculeux »

Les représentants d’Energiris ont frappé à la porte de l’école Plein air, il y a de cela un an et demi. « Nous avons discuté durant un an avant de signer une convention », précise Rémy Van De Moosdyk, le directeur de l’établissement à pédagogie active. Une première du genre. « Pour nous, en tant qu’école, c’est tout à fait inédit. Nous sommes une école libre, tout ce qui est bâtiment, énergie ou isolation est à la charge de notre ASBL. On se retrouve donc face à des dépenses très importantes qui nous empêchent d’investir dans le durable et la rénovation. On est généralement plutôt dans la rustine et la réparation urgente. » Le partenariat avec Energiris a donc sonné comme une évidence aux yeux de la direction. « Non seulement cela a fait tilt mais c’est presque miraculeux, poursuit Rémy Van De Moosdyk. Car on nous propose non seulement une solution financière mais aussi technique. »

On l’a dit, Energiris se charge en effet du dossier de A à Z. « On aurait pu faire la même chose avec une banque et emprunter en pariant sur nos économies d’énergie, mais alors, d’une part, c’est nous qui prenions le risque et, d’autre part, on devait gérer tous les aspects techniques comme les marchés publics. Ici, Energiris nous amène une solution tout en un. Elle s’occupe de l’aspect financier à des taux plus intéressants qu’une banque, de la partie technique tout en endossant les risques. »

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