Sur les traces de Marie-Catherine Sablon à l’île de Sainte-Hélène

Une Belge a côtoyé Napoléon dans son exil à Sainte-Hélène. Cuisinière du gouverneur de l’île, elle a remplacé le cuistot blessé de l’Empereur avant de… l’épouser.

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Née à Limal, près de Wavre, le 12 novembre 1782, on ne sait pas vraiment comment cette fière wallonne s’est retrouvée sur cette île-prison au milieu de l’Atlantique. Il semblerait qu’elle ait, tout simplement, été recrutée par le général Hudson Lowe, en poste à Paris lorsqu’il reçut l’ordre de rejoindre Sainte-Hélène en qualité de gouverneur-geôlier de l’île. C’est en effet dans les cuisines de Plantation House, la jolie demeure mise à la disposition de ce dernier, que la petite Cour de Napoléon a fait sa connaissance, très exactement le 13 juin 1816. L’Empereur vient, en effet, de perdre son cuisinier, gravement blessé à la main droite et donc incapable de tenir ses fourneaux. Craignant que son prisonnier se plaigne de n’avoir pas été nourri correctement, très à cheval sur son image, Hudson Lowe va accepter de mettre sa cuisinière, qui plus est francophone, à la disposition de Longwood, la résidence-prison de Napoléon. Selon certains témoignages, son arrivée va faire sensation parmi la gent masculine de la petite colonie française. « Vous ne sauriez imaginer comme leur esprit abattu s’est ranimé à la vue réjouissante de la cuisinière », raconte le docteur O’Meara. Même Napoléon n’est pas insensible à sa nouvelle recrue, qu’il rebaptise Jeannette, voire Finette, afin de ne pas la confondre avec une autre Catherine de la colonie. En plus, l’Empereur apprécie ses talents culinaires. D’après les mémoires du fidèle Marchand, elle avait, il est vrai, une recette de potage dont son maître raffolait. Il consistait en deux jaunes d’œufs battus avec un peu de farine, formant une pâte légère qu’elle faisait tomber dans le bouillon au moment de sa plus forte ébullition. Michel Lepage, le cuisinier blessé tombe, pour sa part, littéralement amoureux de la Belge, lui déclarant très vite sa flamme. Pour la garder près de lui, il va même artificiellement prolonger son incapacité de travail… jusqu’au moment où Montholon réussira à persuader les Anglais que deux cuisiniers sont bien nécessaires pour nourrir correctement la colonie de Longwood. Michel Lepage et Marie-Catherine Sablon vont alors convoler en justes noces et donner naissance, le 2 juin 1817, à une petite Cornélia… comme le prouvent les registres d’État Civil de Jamestown. Jusqu’au printemps 1818, le ménage Lepage-Sablon animera, en duo, les cuisines de Longwood. Mais, le 28 mai de cette année-là, les deux cuisiniers sont congédiés et priés de quitter les lieux sur-le-champ. Selon le marquis de Montchenu, commissaire du Gouvernement français à Sainte-Hélène, ils auraient été chassés pour avoir osé aller chez le gouverneur de l’île à l’insu de Napoléon et de ses courtisans. Il semblerait qu’ils aient répondu à un interrogatoire portant sur la santé de l’Empereur. Ces renseignements, que même le docteur O’Meara se refusait de donner, auraient permis à Hudson Lowe, que Napoléon n’a jamais voulu recevoir, de rédiger des rapports au Gouvernement britannique. Sans eux, donc, ses rapports auraient été insignifiants. Selon Albert Benhamou, ils seraient par contre partis de leur propre volonté, suite à une infidélité de Marie-Catherine Sablon. Toujours est-il que, le 8 juin suivant, ils embarquent à bord du “Général Kijd ”, un navire-marchand de la Compagnie des Indes. En même temps d’ailleurs que Bernard Heyman, un autre Belge au service du maréchal Bertrand.

Interdits en Grande-Bretagne

Le navire arrive en Angleterre le 3 août 1818. Mais les Lepage ne sont pas autorisés à débarquer. Les Anglais ne veulent pas leur laisser la possibilité de témoigner, au travers de la presse, des conditions de vie qu’ils avaient imposées à l’Empereur. On les dévie donc vers Hambourg, où ils arrivent le 25 août suivant. Mais, là encore, ils sont isolés, tenus à l’écart de la société. Le consul de France va toutefois les interroger. Au travers de ses rapports envoyés à Paris, on apprend que Napoléon est, selon Lepage, d’une humeur de plus en plus agressive ; que son teint devient livide ; que toute la Cour a envie de regagner l’Europe. Mais aussi que les Bertrand et les Montholon sont en guerre ouverte. Toutes des informations jusqu’alors peu connues des autorités françaises, voire des autres nations européennes, Napoléon refusant toute visite à Longwood. Généreux en confidences, les époux Lepage sont finalement autorisés à rejoindre la France. Ils arrivent à Paris le 28 février 1819. Quelques mois plus tard, le 29 septembre 1819, ils y régularisent leur mariage. On n’est plus sûr de la suite. Selon certaines sources, Michel Lepage serait mort peu après. Marie-Catherine Sablon se seraient, elle, remariée en 1836. Quant à Cornélia, il semblerait qu’elle ait épousé un certain Gilbert et qu’elle serait morte, en janvier 1887, dans la région de Châlons-en-Champagne. Dans la plus grande discrétion. Si cela n’avait pas été le cas, on l’aurait su dans cette France qui, après la mort de Napoléon en 1821, et plus encore après le Retour des Cendres, a vénéré tout qui avait approché l’Empereur durant son exil lointain ! Que reste-t-il du Sainte-Hélène connu par Marie-Catherine Sablon. Quasiment tout. À commencer par le paysage qui laisse, dès son premier abord, transparaître un sentiment de solitude. Même le plus “anti-napoléonphile ” comprendra le sort terrible réservé à l’Empereur. Sa maison de Longwood vient d’être restaurée grâce à des fonds dynamiquement récoltés par la Fondation Napoléon. Parmi les plus généreux donateurs figurent des Belges. Plantation House, la résidence des Gouverneurs, construite pourtant en 1792 est, elle aussi, toujours bien en place. Impossible d’y découvrir les cuisines jadis occupées par notre Limaloise ; la vaste demeure ne se visite pas. Mais, dans ses jardins, les quelques touristes qui réussissent à accéder à l’île – en attente d’un aéroport, cinq jours de mer étant, toujours, nécessaires pour l’atteindre – s’amusent à photographier Jonathan, une tortue presque bicentenaire dont on dit qu’elle est la seule à avoir connu l’époque où Napoléon et donc Marie-Catherine Sablon séjournaient sur l’île.

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