A votre avis: pourquoi les cheminots flamands font-ils moins grève?

Tandis qu’au sud du pays, le rail est paralysé, au nord, les cheminots travaillent. Comment expliquer cette différence ? A votre avis.

Temps de lecture: 4 min

L a grève est menée en front commun syndical au niveau national. Les principales gares du pays devraient être bloquées, tout comme les ateliers ». C’est le président du syndicat socialiste CGSP-Cheminots, Michel Abdissi, qui le déclarait hier en fin d’après-midi à l’agence Belga, alors que le pays découvrait avec stupéfaction que le rail serait paralysé dès 22h, sans préavis.

Sauf que dans la foulée, le syndicat chrétien flamand ACV-Transcom, tout comme le pendant flamand de la CGSP, l’ACOD, annonçaient ne pas souhaiter prendre part à la grève.

Et que dans les faits, ce jeudi, l’essentiel des trains démarrant de Flandre roulent, tandis que ceux partant de Wallonie et de Bruxelles sont en grève. La SNCB parle d’une « situation duale » dans le pays, en Flandre, certaines lignes sont exploitées normalement tandis que d’autres sont impactées par le mouvement wallon.

La carte des perturbations parle d’elle-même.

Comment l’expliquer, alors que les conditions sociales en vigueur à la SNCB valent pour l’ensemble du pays ? La situation donne en tout cas du grain à moudre à ceux qui dénoncent la gréviculture qui sévirait au sud de la frontière linguistique.

Trois thèmes reviennent de manière récurrente dans les discussions. Nous les avons soumis à Eric Renette, en charge du dossier SNCB au Soir. Voici ses réponses. (voir la vidéo sur mobile)

1.

Grève nationale de la SNCB, suivie à 100 % au sud du pays, à 20 % au nord. Wallons paresseux, Flamands travailleurs : cliché ou réalité ?

C’est un ensemble de clichés qui se basent comme tous les clichés sur une part de réalité. Tout d’abord, la grève s’étend progressivement côté flamand aussi. Elle est annoncée au finish. Elle a démarré d’abord côté francophone parce ce sont les francophones qui se sont opposés dès le départ à l’accord social. Que contestent-ils ? C’est un peu compliqué. Il y a une quinzaine d’années, les travailleurs de la SNCB sont passés de 38h à 36h par semaine tout en continuant à prester des pauses organisées sur 40h/semaine. En échange, on leur a proposé 13 jours de congés compensatoires. La direction estime désormais qu’il est injuste que ces jours de compensation soient octroyés aussi lors d’un congé.

2.

Des internautes pointent la « gréviculture » qui animerait le sud du pays, et voient aussi la main du PTB voire du PS derrière le mouvement. Quid ?

C’est évident qu’il y a une réactivité plus forte côté francophone, où l’on trouve des bastions qui débraient beaucoup plus vite. Certains politologues analysent une présence assez importante du PTB dans certains de ces bastions. Que ce soit des partis dits de gauche qui réagissent à une politique menée par un gouvernement de droite, ce n’est pas étonnant. Cela se voit régulièrement et cela dépasse la seule SNCB. Reste que les statistiques montrent qu’il y a une propension à partir plus souvent en grève côté francophone.

3.

Le rail wallon est-il victime d’un sous-financement. Vrai ?

Ce n’est pas aussi simple que cela. La SNCB repose sur des réalités assez contrastées. C’est vrai que le rail flamand est assez différent du rail wallon. Côté flamand, il y a une densité de la population beaucoup plus grande, sur un territoire plus plat, qui nécessite donc une infrastructure moins lourde (ponts, tunnels, etc.). Construire et entretenir le réseau y coûte donc moins cher, tandis que le nombre de kilomètres de voies est sensiblement le même que du côté francophone. Or, tout cela est régi par une clé de répartition du financement de 60-40. Bruxelles n’existant pas dans ce schéma, ce qui crée d’ailleurs un autre problème. En résumé, par rapport à des besoins, des coûts, un paysage différents, il y a des moyens de financement différents. La Flandre exécute les travaux prévus (RER), tandis que la Wallonie a besoin d’investissements plus lourds, qui se font attendre parce qu’ils prennent beaucoup de temps.

A votre avis ? On en débat toute la journée. (Participer au débat sur mobile)

 

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